Tu hijo : papa a sorti le Galgon

Affiche du film Tu hijo avec José Coronado dans une ambiance sombre de thriller espagnol

Notre avis sur Tu hijo, le thriller espagnol de vengeance avec José Coronado, disponible sur Netflix.

Il y a des films qui vous prennent par la main. Tu hijo, lui, vous prend par la nuque et vous colle la tête dans le lavabo. Si vous cherchez un avis avant de lancer ce thriller espagnol un soir où vous vous sentez d’humeur solide, voilà le nôtre, prévenu et un peu cabossé.

Un père. Un fils. Une agression sauvage à la sortie d’une boîte de nuit. Un corps fracassé. Une famille qui s’effondre. Et, très vite, cette petite musique que le cinéma adore faire monter dans nos oreilles : et si la justice ne suffit pas ?

Le film de Miguel Ángel Vivas met en scène José Coronado dans le rôle de Jaime Jiménez, un chirurgien dont le fils Marcos est violemment agressé. Et il faut attendre la scène finale pour comprendre à quel point son fils est détruit. Pas seulement physiquement. Pas seulement sur un lit d’hôpital. Détruit dans un endroit plus profond, plus intime, plus irréparable.

Composition Singe-Urbain pour Tu hijo, thriller espagnol sur la vengeance et la morale cabossée

La vengeance, ce vieux canapé confortable

On connaît la mécanique. La justice est lente. Les procédures avancent avec la grâce d’un formulaire Cerfa sous antidépresseurs. Les victimes souffrent, les familles attendent, les coupables respirent encore le même air que tout le monde, ce qui est évidemment très agaçant.

La justice espagnole, dans Tu hijo, ressemble parfois à la nôtre : elle demande du temps, de la prudence, des preuves, des étapes, des tampons, des gens sérieux qui parlent doucement dans des bureaux. Pendant ce temps-là, un père regarde son fils détruit.

Alors forcément, au bout d’un moment, le spectateur moyen, c’est-à-dire nous, en chaussettes, sur le canapé, commence à réclamer du sang avec une dignité très relative. Un bon coup de Galgon, et on remet l’église au milieu du village.

C’est exactement là que le film est malin. Il sait très bien sur quels boutons appuyer, nous montre l’horreur, nous met la pression. Il nous installe dans la colère, nous donne presque envie de prendre nous-mêmes les clés de la voiture pour aller chercher deux ou trois types derrière une discothèque.

Public sensible, attention où vous mettez les yeux : les Espagnols sont généreux en détails crus. Miguel Ángel Vivas ne filme pas l’agression comme un simple point de départ scénaristique. Il la laisse contaminer tout le film. Ça colle aux murs, aux visages, aux silences. On n’est pas loin, par moments, de la violence sourde des quartiers où la nuit ne pardonne rien.

Le piège moral, mais sans tableau noir

Le film aurait pu devenir une de ces petites leçons de morale façon maîtresse d’école : « Voyez, la vengeance c’est mal, les enfants. » Et là, normalement, on baille.

Parce que le cinéma aime beaucoup nous exciter les bas instincts pendant une heure, puis nous expliquer dans les vingt dernières minutes que nous sommes de vilaines personnes d’avoir aimé ça. Merci, madame, on copiera cent fois : je ne dois pas souhaiter la mort des agresseurs fictifs.

Mais Tu hijo est plus tordu que ça. Il ne se contente pas de demander : jusqu’où iriez-vous pour venger votre enfant ? Il demande plutôt : qu’est-ce que vous découvrez de vous-même quand vous commencez à y aller ? Et c’est beaucoup plus intéressant.

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Jaime n’est pas un ancien militaire, pas un justicier de parking, pas un Liam Neeson ibérique qui aurait perdu sa fille pour la septième fois. C’est un homme installé. Un chirurgien. Un père respectable. Quelqu’un qui pense vivre dans un monde civilisé, jusqu’au moment où ce monde lui répond avec des gyrophares, des couloirs d’hôpital et une violence qu’il n’avait pas vue venir.

Puis il glisse. Pas d’un coup. Pas comme dans un mauvais film où le type se transforme en machine de guerre après trois pompes et un montage musical. Il glisse lentement, salement, humainement. Et c’est bien plus inquiétant. On est à des kilomètres du justicier méthodique façon Beekeeper ou du veuf en roue libre d’Un homme en colère : ici, la vengeance ne déménage rien, elle abîme.

Le chirurgien, le scalpel et les mauvaises idées

C’est là aussi que le choix du métier devient intéressant. Jaime est chirurgien. Il connaît les corps. Il sait où couper, où toucher, où faire mal. Un chirurgien avec un scalpel sait utiliser l’arme et sait où taper. Je n’y avais jamais pensé, mais cela tombe sous le sens.

Ce n’est pas un détail gratuit. Dans beaucoup de films de vengeance, le héros apprend la violence comme une langue étrangère. Ici, Jaime connaît déjà une partie du vocabulaire. Il ne part pas de zéro. Il a simplement changé de salle d’opération.

Et c’est glaçant.

Parce que ce savoir médical, normalement associé à la réparation, bascule peu à peu du mauvais côté de la table. Celui qui soigne devient celui qui blesse. Celui qui recoud devient celui qui ouvre. Le père respectable découvre que ses mains peuvent servir à autre chose qu’à sauver.

José Coronado, visage fermé et incendie intérieur

José Coronado est excellent. Je l’avais découvert dans Contratiempo (L’Accusé chez nous), autre thriller espagnol très efficace, inquiétant juste comme il faut, avec cette manière de serrer l’étau sans demander la permission. Ici, il fait autre chose. Moins démonstratif. Plus intérieur.

José Coronado dans Tu hijo, visage fermé au milieu d’une foule

Son personnage ne devient pas immédiatement fou. C’est pire : il reste assez lucide pour comprendre qu’il est en train de franchir des lignes, mais pas assez fort pour s’arrêter.

Il a ce visage d’homme qui a passé sa vie à maîtriser les choses. Les diagnostics. Les gestes. Les décisions. Les apparences. Et soudain, plus rien ne répond. Son fils est détruit. Sa famille devient un territoire étranger. La justice parle un dialecte administratif. La rue, elle, parle une langue beaucoup plus simple.

Celle de la peur. Et Jaime apprend vite. Trop vite.

Le père de la victime devient le sujet du film

Le film commence comme un récit de vengeance. Mais assez rapidement, ce n’est plus vraiment l’agression qui compte. C’est ce qu’elle révèle.

La violence n’est pas seulement dehors, chez les voyous, les agresseurs, les types qui traînent dans les coins moches de la nuit. Elle est aussi dans la famille. Dans ce qu’on ne sait pas; dans ce qu’on n’a pas voulu voir.; dans le fonctionnement intime des proches. Dans les arrangements, les mensonges, les zones d’ombre. Ce lien père-fils qui se fissure, on l’a vu décliné autrement dans Alphonse, de gigolo de père en fils, registre opposé, même nœud intime.

Visuel du film Tu hijo mêlant visage inquiet et lumières de ville la nuit

Jaime découvre malgré lui le monde dans lequel il vit vraiment. Et c’est cruel pour lui. Peut-être même plus cruel que la vengeance elle-même.

Parce que se faire justice soi-même, dans les films, c’est souvent présenté comme une reprise de contrôle. Ici, c’est plutôt une chute. Il ne reprend pas le contrôle. Il perd le peu qu’il lui restait.

Une fin cabossée, mais pas idiote

Je ne divulgâche pas la fin. Il faut tout voir.

Disons simplement que la morale arrive à destination avec la carrosserie enfoncée, les phares cassés et une roue qui frotte un peu. Mais elle arrive.

Et c’est ce qui sauve le film d’un simple fantasme de vengeance pour spectateurs chauffés à blanc. Tu hijo n’est pas seulement là pour nous faire dire : « Vas-y papa, fais le ménage. » Il nous fait bouillir, oui; il nous pousse dans le dos. Il nous donne envie de réclamer justice comme un seul homme depuis notre canapé.

Puis il nous laisse avec quelque chose de moins confortable.

La vengeance, c’est peut-être efficace au cinéma. Dans la vraie vie, c’est surtout une machine à broyer celui qui appuie sur le bouton.

Tu hijo est un thriller espagnol sec, violent, moralement abîmé, porté par un José Coronado impeccable. Un film qui donne envie de justice, puis qui nous demande ce qu’on aurait fait de cette envie une fois les mains sales.


Tu hijo
Titre françaisTon fils
RéalisateurMiguel Ángel Vivas
ScénarioMiguel Ángel Vivas, Alberto Marini
ActeursJosé Coronado, Pol Monen, Ana Wagener, Asia Ortega, Ester Expósito
GenreThriller / drame
Durée1h43
PaysEspagne / France
Date de sortie9 novembre 2018 (Espagne)
DistributionNetflix
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