Hors de Paris je vous fais part d’une expérience en Amérique Latine voulant répondre à la question de Comment fabrique-t-on des cigares ? Je continue mon périple en Amérique centrale, au Costa-Rica à la recherche des producteurs, des plantations et des ateliers de cigares.
A quelques kilomètres de San José, à flanc de montagne, je découvre un atelier, une fabrique. Ce n’est pas vraiment un coin reculé. Il y a une visite organisée. Certes informelle et très artisanale, elle permet d’accéder derrière les murs. On fabrique tout ici du cigare à la boîte, une menuiserie est attenante. L’usine n’a que 25 ans d’existence cela paraît peu mais elle produit pour beaucoup de marques étrangères.
La fermentation première étape
Ils reçoivent les feuilles de tabac par bouquet. Cela vient majoritairement d’Equateur. En effet, les plantations de tabac au Costa-Rica sont rares, on fait plutôt du café à flanc de montagne. Ils font l’affinage et la fermentation des feuilles sur place. La fermentation a lieu par vaporisation d’eau. La chaleur qu’il fait sous les toits en tôle va suffire à accélérer le processus. Elle dure de 6 mois à 5 ans. Il dégage une odeur d’ammoniaque difficilement soutenable. Il doit faire 35 degrés au bas mot.

C’est ainsi qu’un des hommes me propose de plonger mon bras au cœur du pilon, l’amas de bouquets de feuilles de cigares, pour que j’y sente la température à cœur. En effet, cela chauffe en son centre. La guide ajoute que le chien dans notre groupe peut se sentir mal du fait de l’ammoniaque contenu dans l’air. Merci Madame. Il nous en fallait moins pour qu’on s’en rende compte. Je ne sais pas pourquoi ni comment les 5 hommes qui travaillent ici n’ont pas de masques. Les dix personnes au tri dans la salle d’à côté doivent aussi souffrir ou avoir oublié.
Il y a quatre ou cinq pilons qui contiennent des milliers de feuilles. On s’affaire à déplacer et à hotter certains bouquets à la fermentation qui va bon train. Les bouquets ainsi prélevés se retrouvent dans une grande salle de tri. On trie par couleur, par taille et par aspect. Tous les cigares de cet atelier sont faits avec des feuilles entières y compris bien entendu la tripe, l’intestin du cigare. C’est la méthode cubaine qui est de rigueur.
Le tri succède à la fermentation
Un tri scrupuleux est nécessaire à commencer par l’aspect. Il faut des feuilles lisses et douces comme la soie pour faire les meilleures capes, la feuille extérieure qui emballe le cigare et lui apporte sa qualité esthétique et visuelle. Ensuite on trie par couleur. Il y a sommairement trois teintes du camel au brun pour faire simple. Les feuilles bien vertes des plans de tabac perdent la chlorophylle qui devient du carotène lors du séchage. Beaucoup de personnes sont affectées au tri et au lissage des feuilles.
Il est ensuite nécessaire d’enlever la veine principale au centre de la feuille pour une meilleure combustion du cigare. Ainsi, trois personnes le font à la main. Elles ont le geste parfait et c’est important de le signaler car cette tâche délicate et très répétitive est souvent faite à la machine désormais. Puis vient la fabrication, le roulage qui est fait à la main avec des outils rudimentaires.
Le roulage
Les ouvriers sont en binôme. Un homme et une femme. Les femmes sont plus délicates pour la finition des capes. Ceci est un propos rapporté de la guide. L’homme place dans la main gauche des feuilles pour constituer l’intérieur et l’essentiel du cigare. Il utilise un outil mécanique pour rouler et tasser le bouquet de feuilles. Il place une plus grande feuille généralement plus ferme. Elle fera l’enveloppe, el capote, la sous cape en français. Il en ressort un cigare rustique qu’il place et entasse devant lui. Une fois cette tâche accomplie vient le temps du pressage. Les cigares sont placés dans des moules en bois pour parfaire leur forme. Cela dure 24 ou 48h puis la coéquipière les prend, généralement ceux de la veille, après avoir étalé une feuille de cape devant elle sur son plateau en inox.
Ils ont une maîtrise qui est belle à voir. Comment fabrique-t-on des cigares ? Elle lisse, elle coupe, pas un cigare n’est raté. Quel âge ont-ils ? Combien de cigares ont-il raté avant d’en arriver à cet art ? Je les contemple plus fasciné par leurs gestes que par les produits que je suis venu voir. Avec un gabarit rond, elle découpe un petit disque de la feuille de tabac qu’elle colle à l’extrémité du cigare avec une gomme à l’aloe vera. On fait des centaines de choses avec de l’aloe vera. Certains ateliers utilisent de la farine de tapioca. Le cigare est prêt pour le séchage.
Ils font tous les formats, Churchill, Corona, Torpedo des clairs et des sombres. Ils sont magnifiques. Malheureusement 95% de la production part pour l’exportation, on ne peut pas les acheter sur place. Il existe des centaines de marques qui produisent ici.
Le séchage
On nous fait visiter la cave de séchage. Les cigares y restent environ 3 mois, l’humidité est de l’ordre de 70%, humidité habituelle de conservation des cigares. Cette cave contient des milliers de cigares. Tous faits avec des feuilles de même provenance. Difficile pour moi de croire qu’un simple affinage et un tri des feuilles à l’œil puisse faire autant de différences entre les cigares et pourtant. Je garde le goût d’en savoir plus.
En résumé, pour répondre à la question comment fabrique-t-on des cigares ? Les éléments qui distinguent un cigare d’un autre sont l’origine des graines des plans, l’origine et le terroir de culture des plans, le temps de fermentation des feuilles, l’épaisseur de la tripe et de la sous cape, notamment la feuille ou les feuilles de ligero qui vont donner de la force au cigare.
Je repars après leur avoir acheté quelques dizaines de vitoles de leur production propre. Ils réalisent tous les formats, même des Mini Cigares, tendance. Si vous souhaitez continuer la visite, je vous propose cet article dans l’univers des cigares.

Très bel article, serait-il possible d’avoir l’adresse de la manufacture?
Je vais me rendre au Costa Rica au mois de février…
Merci par avance.
Meilleures salutations.
Stéphane