Un p’tit truc en plus, c’est d’abord un titre malin. Presque trop malin. Le genre de titre qui pourrait annoncer la comédie française bien intentionnée, avec son petit message humaniste, son petit sourire de fin, sa petite larme emballée dans du papier recyclable. Bref, le danger absolu.
Voilà donc mon avis sur Un p’tit truc en plus : un film beaucoup plus simple que son succès, mais aussi beaucoup moins idiot que sa bande-annonce pouvait le laisser craindre.
Le film d’Artus raconte l’histoire de deux braqueurs en cavale, un père et son fils, qui se planquent dans une colonie de vacances pour jeunes adultes en situation de handicap en se faisant passer pour un pensionnaire et son éducateur. Le pitch est simple, presque mécanique. Deux escrocs entrent dans un monde où l’on ne triche pas beaucoup. Forcément, cela les dérègle.
Des personnes à qui on a souvent dit qu’elles avaient quelque chose en moins

Le joli renversement du film est là. On parle de personnes à qui l’on a souvent expliqué, directement ou non, qu’il leur manquait quelque chose. Une capacité, un filtre, une autonomie, une norme, une case administrative, un comportement acceptable en société.
Et le film vient dire l’inverse, sans trop appuyer : leur petit truc en plus, c’est peut-être justement ce que les autres ont fini par perdre.
Une forme de sincérité. Un premier degré. Une manière de sentir les choses sans passer par douze couches de mauvaise foi sociale. Une capacité à dire, à aimer, à rire, à s’accrocher, à s’énerver aussi, mais sans toujours jouer la grande comédie des gens prétendument normaux.
Le cinéma aime bien parler de différence quand elle devient spectaculaire, géniale ou utile au scénario. On pense forcément à l’autisme traité autrement dans Mr Wolff, le double diplômé, où le trouble devient presque une arme de précision. Ici, on est ailleurs. Moins spectaculaire. Plus quotidien. Plus frontal aussi, parce que le film ne transforme pas chacun en personnage de démonstration.
Ce n’est pas rien. Parce que le cinéma français, quand il approche le handicap, peut vite enfiler les gros sabots. Compassion, violons, regard humide, grande leçon de vie pour cadres supérieurs fatigués. Ici, le film n’échappe pas toujours au risque de la gentillesse obligatoire, mais il trouve régulièrement autre chose : des scènes sincères, simples, pleines de sens.
Deux braqueurs cupides dans une colonie
Le scénario, lui, n’a pas un petit truc en plus. Il a plutôt le nécessaire. Deux braqueurs pas très brillants, une cavale, une confusion, une colonie, un mensonge qui tient trop longtemps, puis une transformation intérieure qui arrive comme prévu.
Rien de révolutionnaire. On n’est pas dans un film qui dynamite la structure narrative ; on sait assez vite où il va. On sait aussi qu’il va vouloir réparer quelque chose chez ses personnages les plus abîmés moralement.
Mais cela fonctionne parce que le film ne repose pas vraiment sur son intrigue. L’histoire sert de véhicule. Elle met deux types habitués à prendre, voler, mentir et s’arranger avec la vérité, face à des gens qui ne fonctionnent pas sur le même logiciel. Et forcément, les deux braqueurs découvrent la vie simple, le don de soi, les gestes gratuits.
Ça pourrait être épouvantable.
Ça ne l’est pas.
Parce que les acteurs portent le film.
Le jeu des acteurs évite la niaiserie

C’est là que Un p’tit truc en plus gagne sa bataille. Par le jeu, les présences, le groupe. Par cette impression que certaines scènes respirent autrement que dans une comédie classique.
Les jeunes adultes en situation de handicap ne sont pas seulement là pour attendrir le spectateur ou faire évoluer les deux personnages principaux. Ils occupent l’écran. Ils amènent leur rythme, leur manière de parler, leurs obsessions, leurs colères, leurs tendresses. Le film peut être bienveillant, parfois très appuyé, mais il évite souvent la condescendance parce que les personnes filmées existent vraiment dans les scènes.
Ce ne sont pas des accessoires émotionnels, des panneaux indicateurs avec écrit “humanité” dessus. Ce sont des présences. Et dans une comédie populaire, c’est déjà beaucoup.
Artus, qui réalise ici son premier long métrage, a eu l’intelligence de ne pas tout verrouiller. Le film n’est pas toujours fin, pas toujours subtil, mais il laisse de la place. Et cette place, les acteurs la prennent.
Un film gentil, mais pas idiot

Un p’tit truc en plus est un film gentil. Il ne faut pas lui reprocher ce qu’il assume. Il croit aux rencontres, aux vacances collectives, au regard qui change, à la possibilité qu’un type médiocre devienne un peu moins médiocre en passant quelques jours avec des gens qui n’ont pas le même rapport au monde.
C’est bien pensant ? Oui, parfois. Mais il y a plusieurs formes de bien-pensance. Il y a celle qui récite une brochure. Et il y a celle qui tente de faire quelque chose de correct avec un sujet difficile, sans cynisme, sans moquerie, sans transformer chaque différence en gag.
Le film appartient plutôt à la deuxième catégorie.
Il y a des scènes drôles. Des scènes touchantes. Des scènes qui sentent la ficelle aussi. Mais l’ensemble tient parce qu’il y a une générosité réelle. Pas une générosité de plateau télé. Une générosité de groupe.
Sous la comédie, il y a quand même une certaine réalité crue : celle des gens que l’on regarde de travers, que l’on range dans une case, que l’on préfère ne pas trop voir. Une brutalité sociale moins frontale que dans Discount, mais bien présente.
J’aimerais voir le making-of
Je serais presque plus curieux de voir le making-of que certains passages du film lui-même.
Comment les scènes ont-elles été préparées ? Quelle part d’improvisation ? Quel accompagnement ? Comment Artus a-t-il dirigé les comédiens ? Comment les éducateurs, les familles, les acteurs professionnels et les acteurs en situation de handicap ont-ils travaillé ensemble ?
Parce qu’on sent que le film ne tient pas seulement à son scénario. Il tient à ce qui s’est passé autour. À la confiance, à l’ambiance ou la manière dont chacun a pu trouver sa place.
Et c’est peut-être là le vrai sujet. Pas seulement le handicap, pas seulement la cavale. Pas seulement le film populaire qui fait rire et pleurer. Le vrai sujet, c’est la place que l’on donne aux gens quand on arrête de décider à l’avance ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire.
Le petit truc en plus, c’est peut-être de savoir réfléchir
Le film a rencontré un énorme succès public. Il a aussi obtenu une nomination au César du meilleur premier film. C’est peu au regard de l’impact populaire, mais c’est déjà ça.
Ce succès ne tient pas seulement au fait que les gens avaient envie d’un film gentil. Il tient aussi au fait que le film touche une zone assez rare : celle où le spectateur rit, puis se demande si sa propre façon de regarder les autres n’est pas un peu paresseuse.
Le meilleur du film est peut-être là : il arrive à faire rire et pleurer sans toujours choisir entre les deux. Dans un autre genre, Idiocracy faisait aussi ce grand écart étrange entre la farce et le malaise.
Le petit truc en plus, chez eux, ce n’est pas d’être “attachants”. Ce mot est trop facile. On l’utilise souvent quand on ne sait pas comment parler des gens.
Le petit truc en plus, c’est d’être sincères. Premier degré, souvent. Parfois désarmants. Parfois fatigants, sûrement. Comme tout le monde. Mais avec une capacité à faire tomber les masques.
Et dans un monde où la plupart des adultes passent leur temps à faire semblant de maîtriser leur vie, ce n’est pas rien.
C’est même beaucoup.
Fiche technique
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre | Un p’tit truc en plus |
| Réalisation | Artus |
| Scénario | Artus, Milan Mauger, Clément Marchand |
| Avec | Artus, Clovis Cornillac, Alice Belaïdi, Marc Riso, Céline Groussard |
| Genre | Comédie |
| Pays | France |
| Année | 2024 |
| Durée | 1h39 |
| Sortie France | 1er mai 2024 |
| Sujet | Deux braqueurs en cavale se cachent dans une colonie de vacances pour jeunes adultes en situation de handicap |
| Avis Singe-Urbain | Un film gentil, parfois appuyé, mais sincère et beaucoup moins niais qu’il aurait pu l’être |
| Sources | TMDb / AlloCiné |
FAQ
Un père et son fils, deux braqueurs en cavale, trouvent refuge dans une colonie de vacances pour jeunes adultes en situation de handicap. Pour ne pas être arrêtés, ils se font passer pour un éducateur et un pensionnaire.
Oui, c’est une comédie populaire française. Mais le film joue aussi sur l’émotion, le regard porté sur le handicap et la manière dont les personnages changent au contact du groupe.
Parce que le film mélange rire, tendresse et sincérité sans transformer ses personnages en simples accessoires émotionnels. Il reste très accessible, mais touche un sujet rarement traité dans une comédie grand public.
Pas toujours totalement, mais il l’évite plus souvent qu’on aurait pu le craindre. Le scénario est simple, parfois attendu, mais les acteurs et les présences à l’écran donnent au film quelque chose de plus juste.
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