Je ne pense pas que pour apprécier un cigare, il faille comprendre comment ils sont faits. C’est pourquoi, cet article pourrait être utile. On aime l’odeur, ce que beaucoup détestent, on idolâtre le rite et le temps long pour le fumer. On le fume par snobisme, pour l’image qu’il véhicule. Cela suffit à se faire plaisir ou finalement ne jamais y toucher. Peu connaisse le procédé de production des cigares.
Visite d’un atelier de production de cigares au Costa-Rica
Je vais néanmoins vous faire quitter Paris, sa région et même son continent pour rejoindre les régions tropicales et humides. Là où le cigare se fume et surtout se produit, autour du tropique du cancer. Les cigares viennent de Cuba mais pas seulement. Du fait de l’embargo américain et de la consommation mondiale importante, on produit des vitoles (c’est l’appellation des cigares pour les érudits) au Nicaragua, Honduras, Costa Rica, République Dominicaine. Depuis le XIXe siècle, Cuba n’arrive pas à fournir la demande mondiale. J’ai même appris qu’on en produit au Cameroun, en Chine et en Indonésie.

Il faut une météo tropicale pour faire des plans de tabac aux larges feuilles grasses. L’Équateur que j’ai oublié dans la liste des pays producteurs fournit beaucoup de feuilles utilisées dans beaucoup de fabriques, des Talleres comme on les appelle en espagnol, traduction d’atelier. « Talleres de puros » pour atelier de production de cigares.
Entre agriculture et atelier de fabrication
Ensuite, comme tout est produit à la main, cela ne demande pas une grosse intensité capitalistique. Comprendre des investissements lourds en machines ou en recherche et développement. Étonnant, car le cigare est le symbole du capitalisme et des banquiers bedonnants en costumes 3 pièces.
Il faut des gabarits en bois et de l’outillage sommaire. La difficulté repose sur la compétence à rouler, à choisir, affiner et trier les feuilles. C’est ce qui donne la force et la couleur du cigare.

Un plan de tabac met environ 45 jours à pousser. La récolte se fait feuille à feuille. Un cigare demande des feuilles entières. La délicatesse commence dès la cueillette. La cueillette ne se fait pas en une fois, on revient à plusieurs reprises sur un plan pour prendre ses feuilles d’autant plus que les feuilles à la base n’ont pas les mêmes caractéristiques que les feuilles au sommet qui reçoivent plus de soleil, produise plus de chlorophylle qui devient par la suite le carotène. Puis les feuilles sont ensuite réunies en bouquet et séchées pendant environ 45 jours également. On obtient alors des bouquets, des grappes de grandes feuilles douces et fines comme de la soie (pour certaines).
Tri et roulages à la main, c’est crucial dans la production des cigares
Ensuite, les feuilles se dirigent vers l’affinage. On vaporise de l’eau pour les faire fermenter. L’humidité fait son œuvre surtout que sous une bâche en plastique dans un pays tropical, cela chauffe vite dans les pilons. Pour l’avoir vu ou plutôt touché, on doit atteindre 45 degrés en son cœur. Cela produit également beaucoup d’ammoniaque, pas franchement agréable. Je me souviens avoir visité de nombreux pressoirs à champagne qui coincent la vinasse et bien la production de cigares, ça pue.
Les bouquets de feuilles dans les pilons sont régulièrement déplacés du centre vers la périphérie pour ralentir la réaction, l’affinage. L’affinage dure de 3 mois à 5 ans. Vu la production d’ammoniaque, j’ai du mal à croire qu’une feuille puisse rester tant d’années sans disparaître et se dissoudre.
Une fois l’affinage fait, vient le temps du tri. Il y a plusieurs critères. La couleur et l’esthétique de la feuille pour la cape extérieure. L’épaisseur ou la rugosité de la feuille qui bien souvent vont donner de la force au cigare, son goût. Le lexique du goût, au passage, rejoint vite celui de l’œnologie. On a des caramels, des chocolats, des crèmes, des fruits… parfois cela m’échappe. Souvent. Je contemple juste le lexique et la mélodie des mots utilisés par certains.

Si les marques les plus connues ont leurs propres ateliers, beaucoup d’ateliers produisent pour des marques étrangères avec un cahier des charges. C’est d’autant plus facile que l’atelier de production de cigare réalise de petites productions de 400 cigares.

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