J’ai testé une montre chinoise. Je n’ai pas encore honte.

Montre chinoise Sugess hommage à la Rolex Submariner Kermit portée au poignet

Il y a des sujets sur lesquels on a tous une opinion avant même d’avoir commencé à réfléchir. Les montres chinoises, par exemple.

Dans l’imaginaire collectif, une montre chinoise, c’est un truc acheté à 19,90 € sur AliExpress, avec un bracelet qui sent le pneu, une lunette qui tourne comme une molette de souris Lidl, et une aiguille des secondes qui abandonne sa mission après trois douches et un trajet en Vélib’.

La montre chinoise traîne encore une réputation de kebab horloger : pas cher, efficace, suspect à 2 heures du matin.

Avis montres chinoises : le déclic Billy BN

Puis je suis tombé sur une vidéo de Billy BN sur l’horlogerie chinoise. Après la vidéo, j’ai voulu vérifier. Voici donc mon avis sur les montres chinoises, après avoir testé deux modèles Sugess inspirés de la Rolex Submariner Kermit et de la Patek Philippe Nautilus.

Billy BN, pour ceux qui ne connaissent pas, produit du très bon contenu sur les montres. Il est surtout calé sur les montres japonaises, mais pas seulement. C’est un bon technicien, un gars qui explique vraiment les choses. Avec lui, j’ai même fini par comprendre à quoi servait un échappement. Et croyez-moi, dans mon cerveau, avant ça, un échappement servait surtout à faire du bruit sur une 205 GTI rincée.

Si vous voulez comprendre ce point-là, il a d’ailleurs fait une autre vidéo très bien fichue sur l’échappement. Il est question du Springdrive, un super, mega-mouvement, qui pour le coup coûte quelques milliers d’euros et à raison.

Il a un côté brut de décoffrage, assez technique, qui me plaît beaucoup. Pas de velours marketing, pas de storytelling de boutique genevoise avec parquet ciré et vendeur en costume qui vous explique que la montre “raconte une émotion”. Lui, il parle calibre, mouvement, finition, rapport qualité-prix. La poésie est dans la roue à colonnes, pas dans le champagne servi au salon.

Déballage du colis de montres chinoises Sugess avec emballages de protection

Il a même sa propre marque de montres, des tool watches, des montres outils. Donc le gars n’arrive pas totalement les mains dans les poches, avec une opinion trouvée sur Reddit entre deux commentaires de types qui portent des G-Shock au mariage de leur sœur.

La Chine, ce n’est pas seulement AliExpress et des hommages à Rolex

Dans sa vidéo, Billy BN démonte surtout une idée simple : la montre chinoise n’est pas forcément de la merde.

Et là, forcément, ça gratte un peu l’ego occidental.

Parce que nous, en Europe, on aime bien imaginer que les Chinois fabriquent les objets pendant que les Suisses fabriquent le prestige. La Chine ferait les boîtes, les bracelets, les petites vis, les cadrans, les trucs pénibles. Et ensuite, quelque part entre Genève et Bienne, un monsieur très sérieux mettrait tout cela sous une cloche sacrée avant d’écrire “Swiss Made” sur le cadran.

Ouverture des emballages de montres Sugess commandées sur Sugesswatches pour test
Le déballage des montres chinoises Sugess : emballage fonctionnel, pas de cérémonie suisse, mais les montres arrivent protégées

La réalité est évidemment plus drôle.

Sea-Gull, ou quand la Chine achète le savoir-faire suisse

L’horlogerie chinoise a une vraie histoire industrielle. Dans la vidéo, Billy BN revient notamment sur le programme chinois 304, lancé pour créer un chronographe destiné à l’armée de l’air chinoise. Sea-Gull, héritière de la Tianjin Watch Factory, a développé ce chronographe d’aviation à partir d’une base issue du calibre suisse Venus 175. Le mouvement moderne ST19 est aujourd’hui encore associé à cette filiation.

Donc oui, à un moment, la Chine n’a pas juste copié une montre suisse vue dans une vitrine. Elle a acheté l’outillage, digéré la technique, puis l’a reproduite à sa manière. C’est moins romantique qu’un artisan moustachu dans le Jura, mais industriellement, c’est assez fascinant.

Montre chinoise Sugess hommage à la Rolex Submariner Kermit portée au poignet
Une Sugess hommage à la Rolex Submariner Kermit : pas une Rolex, pas une contrefaçon, mais un objet mécanique à 250 € qui pose quelques questions

Fiyta, sur orbite

Et puis il y a Fiyta, marque beaucoup moins connue chez nous, mais autrement plus intéressante que la 125e micro-marque qui sort une plongeuse “inspirée des années 60” avec un cadran sable et une typo vintage.

Fiyta est liée au programme spatial chinois. Lors de la mission Shenzhou VII, le taïkonaute Zhai Zhigang portait une montre Fiyta pendant la première sortie extravéhiculaire chinoise. La montre avait notamment une lunette sur huit heures, durée de survie associée à la combinaison spatiale Feitian.

Voilà. Les mecs ne disent pas : “Nous avons créé une montre inspirée par l’esprit de l’aventure.”

Ils disent plutôt : “Si tu es dehors dans l’espace, voilà combien de temps il te reste avant de devenir un surgelé politique.”

C’est moins vendeur place Vendôme, mais c’est quand même beaucoup plus franc.

Et forcément, quand on aime les objets qui racontent quelque chose de sérieux, ça intrigue. Sur Singe-Urbain, on a déjà parlé de montres plus accessibles avec notre article sur les montres à petit prix, et de montres japonaises autrement plus raffinées avec Minase. Ici, on est ailleurs. Plus rugueux, industriel voire suspect aussi, donc plus amusant.

J’ai donc commandé des montres chinoises, parce qu’il faut bien salir ses poignets

Après la vidéo, j’ai voulu vérifier.

Pas en lisant 400 commentaires de forums où des gens se battent pour savoir si un chanfrein est “vraiment poli miroir” ou juste “correct pour le prix”. Non. J’ai commandé.

J’ai choisi des modèles Sugess, marque chinoise qui navigue entre l’hommage appuyé et le faux jumeau assumé.

Dans mes photos, on retrouve notamment deux grandes inspirations : la Rolex Submariner Kermit et la Patek Philippe Nautilus. Rien que ça.

Montre chinoise Sugess hommage à la Patek Philippe Nautilus avec bracelet intégré
La Sugess inspirée de la Patek Nautilus : le bracelet intégré fait toujours son petit numéro social, même sans le ticket d’entrée à 50 000 €

Pour donner un ordre d’idée, une vraie Rolex Submariner “Kermit” tourne dans un univers où les 12 000 € ne font peur à personne. Quant à la Patek Nautilus, on parle d’un objet qui peut facilement se promener autour de 50 000 €, selon les versions et le marché. Oui, cinquante mille. Non, ce n’est pas une faute de frappe. Et je ne vous parle pas des modèles Tiffany avec des cadrans turquoise (awful) à 3 millions d’euros.

C’est le prix d’une voiture, d’un apport immobilier, ou d’une cuisine allemande avec îlot central, tiroirs silencieux et culpabilité intégrée.

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À ce niveau de prix, on ne consulte plus un vendeur, on consulte son banquier, son notaire et éventuellement un prêtre.

Les versions chinoises, elles, coûtent autour de 250 à 300 €.

Soit à peine plus qu’un bon restaurant à quatre à Paris, le soir, avec le vin, le dessert et la petite honte quand l’addition arrive.

Des hommages, pas des contrefaçons, mais quand même des regards en coin

Soyons clairs : ce sont des hommages.

Hommage ou copie : la frontière est mince

“Hommage”, dans le monde horloger, c’est souvent le mot poli pour dire : “On a beaucoup regardé la copie du voisin, mais on a changé le nom sur la feuille.”

La Submariner-like a sa lunette verte, sa carrure familière, son allure de plongeuse statutaire. La Nautilus-like a ce côté sport-chic à bracelet intégré qui donne envie de parler d’allocation patrimoniale même quand on achète ses chaussettes par trois chez Monoprix.

Est-ce que ce sont des contrefaçons ? Non, puisqu’il n’y a pas écrit Rolex ou Patek Philippe dessus.

Est-ce que ce sont des designs originaux ? Non plus. Il ne faut pas se mentir entre adultes habillés.

Ce n’est pas une contrefaçon. C’est un sosie qui a rasé sa moustache pour passer la frontière.

C’est là que ça devient intéressant. Parce qu’on touche à une question beaucoup plus profonde que “est-ce que ça vaut son prix ?”

Pourquoi aime-t-on ces modèles iconiques ? Est-ce parce qu’ils sont objectivement beaux ? Parce qu’on les a vus depuis des années, sont-ils devenus des symboles ? Donnent-ils un statut ? Parce qu’un connaisseur peut les identifier à trois mètres, entre deux coupes de champagne et un jugement silencieux ?

Une Submariner n’est pas seulement une montre. C’est une médaille. Une Nautilus n’est pas seulement une montre. C’est une phrase sociale que l’on porte au poignet.

Déballage de plusieurs montres chinoises Sugess dans leurs boîtes de transport

C’est d’ailleurs tout le sujet de l’habit fait le moine. Les objets parlent avant nous. Parfois ils mentent mieux que nous.

La version Sugess dit autre chose. Elle dit : “J’aime la forme, pas forcément le ticket d’entrée dans le club.”

C’est moins noble, peut-être. Mais c’est assez honnête.

Dedans, ce n’est pas un moteur de tondeuse

Ce qui m’a le plus surpris, ce n’est pas l’apparence. Sur les photos AliExpress, tout a toujours l’air miraculeux. Même un coupe-ongles semble usiné par la NASA.

Non, le plus intéressant, c’est que ces montres ne sont pas forcément des Porsche avec un moteur de Dacia ayant traversé l’Afrique sans vidange.

On trouve dans ces montres des mouvements connus et robustes : NH35, Miyota 9015, ou encore des mouvements chinois plus ambitieux comme certains calibres Peacock.

Le NH35, c’est le labrador de l’horlogerie : pas très distingué, pas rare, mais fidèle, solide, et toujours content d’être là.

Le Miyota 9015 vient du groupe Citizen. Là encore, ce n’est pas de la haute horlogerie destinée à finir dans une vitrine à Genève sous la lumière d’un spot froid. C’est de la mécanique honnête, fiable, répandue, utilisée dans un paquet de micro-marques.

En clair, ce ne sont pas des Ferrari. Ce sont plutôt des carrosseries de Ferrari avec une mécanique de Golf. Et très franchement, pour aller acheter du pain, prendre le métro, bosser, faire du sport ou se doucher, une Golf bien réglée fait souvent mieux le travail qu’une italienne qui demande un mécano émotionnel tous les trois jours.

Je les ai donc portées.

Au quotidien. Au sport. Sous la douche.
Sans cérémonial, gant blanc, boîte en bois précieux ou vendeur qui murmure “pièce rare”.

Et après quelques jours : ça fait le job.

La montre donne l’heure, tient au poignet, ne prend pas l’eau au premier regard humide, et ne fait pas honte à moins de fréquenter exclusivement des dîners où les gens disent “mon AD m’a appelé”.

Le prix change tout

C’est là que l’on comprend le vrai problème. À 250 ou 300 €, ces montres ne jouent pas le même jeu. Elles n’essaient pas de vous vendre un héritage. Elles vous vendent une expérience esthétique, un objet mécanique, un plaisir de poignet.

Et elles le font sans boutique, sans ambassadeur, sans moquette épaisse, sans marge de distributeur, sans page de publicité dans un magazine qu’on ne lit que chez le dentiste.

Place Vendôme, on vous vend l’émotion. Sur AliExpress, on vous vend la même forme, moins l’émotion, plus un coupon de 7 % valable jusqu’à minuit. C’est brutal. Ce n’est pas glamour. Mais c’est efficace.

Le vrai danger pour les montres suisses moyennes

Billy BN compare cette montée en puissance à celle de l’automobile chinoise, et je trouve le parallèle assez juste. Il y a quelques années, les voitures chinoises se faisaient humilier dans les crash-tests européens. Aujourd’hui, BYD et d’autres constructeurs chinois secouent Tesla, les marques allemandes, et toute l’industrie européenne.

Les politiques, comme souvent, ont regardé ailleurs. Puis un matin, ils se sont réveillés avec des usines qui ferment et des clients qui préfèrent acheter une voiture bien équipée, bien finie, beaucoup moins chère.

Dans un autre registre, on avait parlé d’un rapport très différent à l’automobile avec la Renault 5 Diamant. Là aussi, il était question d’image, de désir, de nostalgie, de design et de bling-bling assumé. L’horlogerie fonctionne pareil : elle vend rarement seulement l’heure.

L’horlogerie pourrait connaître le même genre de réveil. Pas sur le très haut de gamme, pas demain matin, pas chez Patek, Lange ou Vacheron. Mais sur toute cette horlogerie suisse moyenne, vendue 1 500 ou 2 000 € avec un mouvement industriel, un boîtier correct et un storytelling au kilomètre, il va peut-être y avoir un souci.

Quand une San Martin, une Sugess ou une Baltany propose un objet très bien fini à 250 €, la petite montre suisse “d’accès au luxe” commence à transpirer dans son écrin.

Et si la Chine arrêtait de copier ?

La vraie limite des montres chinoises, aujourd’hui, c’est encore le design.

Tant qu’une grosse partie de la production repose sur des hommages à Rolex, Omega, Tudor ou Patek, l’horlogerie chinoise restera coincée dans la salle d’attente du respect.

On peut admirer le rapport qualité-prix, mais on ne peut pas toujours admirer l’audace créative.

Mais là aussi, les choses bougent.

Des marques comme Atelier Wen proposent une vision plus originale, avec des cadrans inspirés de l’artisanat chinois et une vraie volonté de raconter autre chose que “nous aussi, on sait faire une plongeuse verte”.

Atelier Wen essaie de raconter la Chine autrement que par la copie. Après, parfois, la Chine semble vouloir tout raconter en même temps : le dragon, l’empereur, la céramique, le guilloché, le destin national et deux mille ans de civilisation sur 39 millimètres.

Personnellement, j’ai encore un peu de mal avec une certaine conception chinoise de la virilité horlogère. Ils peuvent te mettre du dragon, du guilloché, du symbole impérial, de la mythologie et trois couches de puissance décorative sur le même cadran. On sent parfois que la montre veut entrer dans la pièce avant le poignet.

Je ne suis pas encore totalement évangélisé à la chose. Mais on ne sait jamais ce que l’avenir fera. Après tout, il y a vingt ans, on se moquait des voitures chinoises. Aujourd’hui, elles stationnent devant les usines européennes qui ferment.

Fam Al Hut, le vaisseau spatial à 32 000 dollars

Et puis il y a des ovnis comme Fam Al Hut, avec sa Mark 1 Möbius, un tourbillon biaxial chinois au design complètement à part. La presse horlogère spécialisée a relevé le caractère audacieux de cette pièce, notamment pour son architecture compacte et son approche indépendante.

Pour remettre les choses dans leur contexte, on parle quand même d’une montre autour de 32 000 dollars en acier. Ce n’est donc pas la petite chinoiserie d’AliExpress que l’on ajoute au panier entre un câble USB-C et une râpe à parmesan. C’est une vraie pièce de haute horlogerie, avec un prix de haute horlogerie, mais qui reste très agressif si on la compare à ce que facturerait une maison suisse pour un tourbillon biaxial aussi compact.

Fam Al Hut Mark 1 Möbius, montre chinoise à tourbillon biaxial de haute horlogerie
Fam Al Hut Mark 1 Möbius : quand l’horlogerie chinoise sort du pastiche Rolex pour construire un vaisseau spatial à 32 000 dollars

Là, on n’est plus dans “regarde maman, j’ai refait une Rolex”.

On est dans : “regarde papa, j’ai construit un vaisseau spatial pour poignet.”

Et le vaisseau spatial coûte quand même le prix d’une belle berline allemande. Ou d’une mauvaise décision immobilière bien située.

Fiyta, ou la montre qui ne veut pas être un accessoire de mode

De toutes les pistes ouvertes par cette vidéo, celle qui m’intrigue le plus reste Fiyta. Ce que j’adore chez Fiyta, c’est précisément ce côté : “Circulez, on ne fait pas un accessoire de mode, on fait de l’aéronautique pour nos taïkonautes.” Un montre de dingo.

Montre chinoise Fiyta Aeronautics GA880026 inspirée du programme spatial chinois
Fiyta Aeronautics GA880026 : quand l’horlogerie chinoise préfère parler taïkonautes

Et le pire, c’est que c’est vrai.

La marque a une vraie légitimité spatiale, ce qui est quand même plus sérieux que de coller “Aviation Heritage” sur un cadran beige parce qu’un stagiaire marketing a trouvé une photo d’avion en noir et blanc.

C’est aussi pour cela que le lien avec Boîte noire me paraît naturel. Même quand on parle d’un objet de poignet, il y a derrière cette vieille fascination pour l’aéronautique, les instruments, les cabines, les systèmes, les accidents possibles, les procédures qui évitent de finir en statistique.

Chez Fiyta, la montre n’est pas pensée pour accompagner un apéritif en terrasse. Elle est pensée pour survivre à une sortie extravéhiculaire. C’est tout de suite moins influenceur.

Il y a là quelque chose de très chinois dans le bon sens du terme : industriel, technique, fonctionnel, massif. Pas toujours élégant, pas toujours subtil, mais terriblement sérieux.

À la salle de sport, personne ne lit la fiche technique

Après quelques jours, j’ai donc continué le test comme on teste vraiment une montre : pas sur un coussin en velours, mais dans la vraie vie. Bureau, douche, sport, transports, mauvaise lumière, mauvaise humeur.

À la salle de sport, évidemment, le théâtre social devient magnifique. J’étais en short en nylon, t-shirt de la veille, et pourtant, avec la Patek-like au poignet, on ne m’a regardé que cela. Comme quoi, même en tenue de défaite textile, un bracelet intégré continue de faire son petit numéro social.

C’est peut-être là que l’objet devient intéressant. La montre est faussement noble, moi j’étais vraiment négligé, et pourtant le regard des autres allait au poignet. Pas au short. Pas au t-shirt. Au poignet.

On avait déjà parlé de cette comédie du corps et de l’apparence dans À la salle de sport. La salle est un lieu formidable pour observer les mensonges modestes : ceux qu’on se raconte sur son niveau, son âge, son souffle, ses épaules, sa discipline. Avec une montre hommage au poignet, il suffit d’ajouter une petite couche de fiction sociale.

Alors, verdict ?

Après quelques jours avec ces montres chinoises, je ne vais pas vous dire que j’ai découvert la nouvelle Patek Philippe. Non. J’ai découvert autre chose ; qu’un objet mécanique à 250 € pouvait donner beaucoup plus de plaisir que prévu ; que certains préjugés vieillissent mal. J’ai découvert qu’une montre hommage peut poser des questions plus intéressantes qu’une montre originale vendue trop cher.

Est-ce que j’aime porter une fausse sœur de Nautilus ?

Oui, un peu.

Est-ce que je préférerais une vraie ? Évidemment. Je préférerais aussi un hôtel particulier, une Aston Martin et un foie qui accepte le bourgogne comme un partenaire de long terme. Mais entre le fantasme et l’usage, il y a une réalité.

Le plaisir mécanique sans le cérémonial du luxe

Ces montres chinoises font le job. Certaines le font même très bien. Elles ne remplacent pas le prestige, l’histoire, le statut. Mais elles grignotent sérieusement le territoire du plaisir mécanique accessible.

Et c’est peut-être là que ça devient dangereux pour les marques établies. Pas parce que la Chine va remplacer Rolex. Mais parce qu’elle peut rendre beaucoup de montres moyennes beaucoup trop chères.

En attendant, je vais continuer à les porter, à les tester, à les maltraiter un peu. Sport, douche, quotidien, transports, vie normale. La vraie certification ISO du type qui n’a pas envie de changer de montre avant de sortir les poubelles.

Et je vais surtout continuer à regarder ce que font les Chinois. Parce qu’entre Sea-Gull, Sugess, San Martin, Atelier Wen, Fam Al Hut et Fiyta, il se passe quelque chose.

Quelque chose d’encore un peu bordélique, mal distribué, d’encore trop copieur. Mais quelque chose de vivant.

La Chine ne va peut-être pas remplacer la Suisse. Mais elle vient de poser un tabouret à côté du buffet, et elle a l’air d’avoir faim. Et en horlogerie, où certaines marques passent plus de temps à augmenter leurs prix qu’à inventer quoi que ce soit, c’est déjà beaucoup.

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