Maman j’ai raté l’avion ! Eh bien cette fois, tu es pardonné, parce que ce n’était pas vraiment l’avion à prendre.
Denzel Washington, himself, en pilote chevronné et talentueux. Le genre de mec qu’on ne remet pas en cause quand il s’assied dans le cockpit. Sauf qu’il se retrouve à piloter un avion dans une tempête. Bien démontée la météo ce jour-là, et c’est peu dire. La situation part en vrille et l’avion en piqué. On angoisse pour eux, on serre les accoudoirs, on oublie qu’on est dans son canapé. À ce stade, on est plus près d’un huis clos façon Non-Stop avec Liam Neeson que d’un Top Gun Maverick en mode démonstration de force. Ici, pas d’État voyou ni de mission spéciale. Juste un cockpit, une panne, et un type aux commandes.
Le coup de génie : retourner l’avion
Notre pilote a la présence d’esprit de retourner l’avion pour éviter le pire. Oui, vous avez bien lu, retourner. À l’envers. Comme une crêpe à 9 000 mètres d’altitude. Il pose la machine sans trop de dégâts. Six morts tout de même – c’est moche, mais pour cent et quelques passagers et vu la descente, c’est pas si mal. La séquence de crash est devenue iconique pour de bonnes raisons. Même les pilotes professionnels, qui ont par ailleurs descendu le film en flammes, ont reconnu que la scène cogne.
C’est d’ailleurs là qu’on mesure le boulot de Robert Zemeckis : pas une note de musique, pas un dialogue inutile, on est dans le cockpit avec eux. À une époque où le vol long-courrier sentait encore le tabac froid et les fauteuils affaires comme chez TWA, ce genre de scène aurait fait fuir tout le monde de l’aéroport.

Seulement voilà, il y a quand même un scénario
C’est un film de Zemeckis, le monsieur de Forrest Gump et de Retour vers le futur, on n’allait pas s’en sortir avec une simple démo de pilotage acrobatique. On a sauvé le héros à la dixième minute, il faut bien occuper les deux heures qui restent. On va donc lui chercher des noises – et vite trouvées – car monsieur Whip Whitaker aime la quille dès le réveil. Un alcoolique qui s’ignore. Ou plutôt qui s’arrange très bien avec lui-même, ce qui revient au même mais en plus confortable.
Le bureau d’enquête accident ne va pas le lâcher. Et avec les Américains, c’est tout de suite les avocats, avant les ingénieurs. C’est un style. Au passage, dans la même ambiance mais côté français, je vous suggère Boîte Noire avec Pierre Niney, très bien fait, un excellent polar industriel. Ici dans Flight, c’est moins technique, plus psychologique, plus moral. On est moins dans le démontage de boîte noire que dans le démontage de l’homme.
Denzel, mode majeur
Il est un de ces acteurs qui n’ont jamais besoin d’en faire trop. Il pourrait jouer en sourdine, juste avec les yeux, et on suivrait quand même. Ici, il joue un type qui ment à tout le monde, à commencer par lui-même, et il le fait avec une élégance presque gênante. On veut qu’il s’en sorte. On sait qu’il ne devrait pas s’en sortir. C’est tout le problème du film et c’est aussi sa réussite.
Je ne vous révèle pas la fin pour une fois, je deviens raisonnable. Et cela se laisse volontiers regarder.

La bande-annonce de Flight
Flight en bref
| Titre | Flight |
| Réalisateur | Robert Zemeckis |
| Année | 2012 |
| Pays | États-Unis |
| Genre | Drame / Thriller |
| Durée | 2h18 |
| Avec | Denzel Washington, Don Cheadle, John Goodman, Kelly Reilly, Bruce Greenwood |
| Scénario | John Gatins |
| Nominations Oscars | Meilleur acteur (Denzel Washington), Meilleur scénario original |
| Note Singe-Urbain | Recommandé – à voir au moins une fois pour la scène du crash et la performance de Denzel |
| Où le voir | Plateformes VOD (Amazon, Apple TV, etc.) |
Note Singe-Urbain : recommandé. Une séance idéale pour ceux qui aiment les héros imparfaits, les avions qui ne devraient plus voler et les acteurs qui n’ont rien à prouver.
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