L’amour sans ?… Sans contact, sans image, sans charnalité. Juste deux voix, des textos, des vocaux, des appels. Deux adultes qui ne se verront jamais. On ne sait pas pourquoi au début, et finalement on s’en fiche parce qu’avant même de se poser la question, on est accro.
La série est très courte. Certains épisodes font quatorze minutes, d’autres sept, sans qu’on sache pourquoi. On s’en fiche aussi. On engloutit ça comme un roman qu’on ne lâche pas. Canal+ a eu le nez creux de diffuser cette série signée Maria Pourchet, romancière dont on connaît Feu et Western, prix de Flore 2023. Une auteure qui écrit l’amour comme d’autres écrivent des autopsies. Au scalpel, avec du sang partout.

Le contraste parfait entre province et Paris
Il y a du contraste entre les deux personnages. Libero est prof de français en province, incarné par la voix d’Arthur Teboul, le chanteur de Feu! Chatterton. Celui-là même qui a chanté L’Affiche Rouge de Léo Ferré au Panthéon. Sa voix, vous la reconnaissez, elle a du grain, du dandysme, de la fièvre. En face, Viviane, c’est Céline Sallette, auteure à succès parisienne qui n’a plus rien à écrire. Le contraste est posé, la mèche aussi.
Des règles faites pour être transgressées
Les premiers instants sont parfaitement contrôlés. On sent l’habitude du sexto, la maîtrise du mot juste, la tension sexuelle calculée. Mais très vite, les sentiments et la combustion de la passion prennent le dessus. On impose des règles presque adultérines — ne jamais se voir, ne jamais laisser l’autre sans réponse, pas d’emojis — pour mieux les éclater et les contourner. C’est un très vieux sujet, la séduction, le désir, l’obsession de l’autre. Mais sous une forme parfaitement moderne. Rien de tel qu’un sujet balisé, ou presque, pour essayer une forme expérimentale.

Maria Pourchet, l’auteure au scalpel
L’intérêt de L’Amour Sans, outre le fait qu’elle ne soit qu’audio — pas d’image, juste du son — c’est qu’elle est remarquablement bien écrite et bien scénarisée. On sent Maria Pourchet seule à s’exciter de cette histoire et de son contexte. Parfois les choses sont crues, parfois elles sont d’une délicatesse chirurgicale. Chaque minute rajoute une brique de complexité et de suspens. La dépendance de l’un à l’autre s’inverse puis s’inverse à nouveau. Une véritable histoire d’amour du réel. Le réalisateur Benoît Dunaigre a voulu brouiller les frontières entre fiction et réalité, entre podcast et fiction sonore. C’est réussi.
Et la fin, que je ne vous divulgâcherai pas, est une apothéose.

Le miroir du virtuel
Combien sommes-nous à juste vouloir franchir les limites par la simple excitation du virtuel ? Donnant à son interlocuteur les qualités qu’on recherche et non celles qu’il a. C’est peut-être ça le plus troublant dans L’Amour Sans : ce miroir tendu à tous ceux qui, derrière un écran, se sont inventé un autre pour mieux s’inventer eux-mêmes. Les enfants qui croient que la partie leur échappe, alors qu’ils n’ont jamais vraiment tenu les règles.
Si vous aimez les expérimentations au cinéma, essayez aussi Hamlet dans GTA. Un autre genre de folie, une autre manière de dynamiter les codes. Et si vous aimez les séries françaises qui sortent du lot, jetez un œil à Mixte. Ou à L’accusé, un thriller espagnol qui ne vous lâche pas non plus.
| Titre | L’Amour Sans |
| Créatrice / Scénariste | Maria Pourchet |
| Réalisateur | Benoît Dunaigre |
| Casting principal | Céline Sallette (Viviane), Arthur Teboul (Libero) |
| Genre | Comédie, Romance, Série audio |
| Format | 9 épisodes de 7 à 14 minutes |
| Diffusion | Canal+, 2024 |
| Production | Décalée Canal+ |
| Concept | Série 100% audio : textos, vocaux, appels. Aucune image. |
Suivez-nous