4 acteurs. 1h13. Une comédie parisienne, rapide et froide comme un courant d’air dans un couloir du XVIe.
Le pitch est simple. Xavier et Sophie, vingt-cinq ans de vie commune, sont usés. Pas fatigués, usés. Le genre de couple qui ne se dispute même plus vraiment parce que ça demanderait trop d’énergie. Sophie a l’idée d’inviter les voisins du dessus, Adèle et Alban, un couple bien plus jeune, bien plus bruyant la nuit, et notablement plus libre dans ses pratiques. Xavier n’est pas ravi.
Oui, c’est une comédie qui parle de sexe en groupe, d’orgies, de pratiques libérées, comme on dit poliment dans les dîners en ville. On avait déjà exploré le sujet avec Comment organiser une orgie dans une petite ville, côté canadien et décomplexé. Ici, c’est parisien et feutré. Et c’est justement là que le film est malin : il ne fait pas de leçon. Il ne juge pas, ne moralise pas, ne vous explique pas comment vivre votre vie de couple.

Un huis clos porté par des dialogues qui font mouche
L’intérêt du film, c’est le huis clos. Et le huis clos, c’est le dialogue. Ici, les échanges sont drôles, à propos, contrastés, sarcastiques et sincères. On rit, on avance dans la soirée, ils se braquent, ils osent. Les deux générations créent un contraste savoureux. Bernard Campan en mec rigide et aigri, Isabelle Carré en femme qui cherche un souffle, Pablo Pauly et Julia Faure en jeunes décomplexés qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont provoquants.
Pas facile de parler de tout. De sa sexualité, de ses fantasmes, de ses peurs. Et pourtant le film y va, avec une audace qui ne verse jamais dans la vulgarité. C’est tout à la fois léger et profond. Un peu comme dans la série Alphonse où l’on parlait de sexe sans filtre mais avec tendresse, ici il y a quelque chose d’assez touchant derrière la comédie, un truc qui vous rattrape après le générique. À une époque où certains voudraient codifier nos pratiques intimes, ça fait du bien de voir un film qui libère la parole sans donner de leçon.

Un 355 m² parisien, personnage à part entière
Le tout se déroule sans gravité ni leçon dans un décor d’appartement de dingue. Un 355 m² dans Paris, à la décoration digne des endroits les plus bobos – ou même carrément bourgeois – de la capitale. On ne sait pas trop ce qu’ils font dans la vie pour se payer ça, mais on ne pose pas la question. L’appart est un personnage à part entière, un cocon doré dans lequel quatre personnes vont se mettre à nu. Au propre comme au figuré. Un Paris fantasmé, celui qu’on voit dans les films, pas celui dans lequel on galère à trouver un 40 m² – celui qui fait parfois douter qu’elle soit encore la plus belle ville du monde.
Une fin un peu parisienne, mais on pardonne
Seul bémol : la fin. Un peu parisienne, un peu simple, un peu décousue. Mais comme le film ne dure qu’1h13, la fin est courte et on l’oublie vite. C’est l’avantage des films qui ne s’éternisent pas.
Le film est une réadaptation du film espagnol Sentimental de Cesc Gay, lui-même tiré de sa pièce de théâtre. Peu importe. Ce n’est pas l’originalité du scénario qui compte ici, c’est le jeu des quatre acteurs et leurs dialogues. Et sur ce terrain-là, c’est une franche réussite. Primé au festival de l’Alpe d’Huez 2024 : prix du public, prix spécial du jury, prix d’interprétation pour Bernard Campan et Isabelle Carré. Ce n’est pas pour rien.
Si vous cherchez une comédie qui ne prend pas les gens pour des idiots, qui ose sans forcer, qui fait rire sans rougir – ou en rougissant un peu quand même – foncez. 1h13, c’est le temps d’un bon dîner. Sauf que là, c’est le dîner des autres qui dérape.
Et plus si affinités sur AlloCiné
| Et plus si affinités | |
|---|---|
| Réalisateurs | Olivier Ducray et Wilfried Méance |
| Scénario | Jean-Paul Bathany, Olivier Ducray, Wilfried Méance |
| D’après | Sentimental de Cesc Gay (film espagnol, 2020) |
| Acteurs | Bernard Campan, Isabelle Carré, Pablo Pauly, Julia Faure |
| Genre | Comédie |
| Durée | 1h13 |
| Pays | France |
| Date de sortie | 3 avril 2024 |
| Distribution | Wild Bunch Distribution |
| Récompenses | Festival de l’Alpe d’Huez 2024 : Prix du public, Prix spécial du jury, Prix d’interprétation masculine (Bernard Campan), Prix d’interprétation féminine (Isabelle Carré) |
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