Frères ennemis

Matthias Schoenaerts & Reda Kateb dans Frères ennemis

Des copains d’enfance, que les choses de la vie font travailler ensemble. Ensemble dans les stups l’un pour les flics, l’autre pour les trafiquants. Un monde d’angoisse, de violence et de trahison qui fait rapidement oublier que frères ennemis, ils sont. Impossible d’avoir l’esprit tranquille pour faire son business, d’un autre côté, ils ont peu de règles à respecter.

Des stups, une cité & un guet-apens

Un très bon polar avec une intrigue bien montée et crédible, même s’il m’est difficile d’en juger. On voit la cité et la fatalité. On voit la famille et les clans. Tout le tralala folklorique qui vole en éclats quand il s’agit de gros sous. Il n’y a ni Dieu, ni frère, ni quelconque code de l’honneur. Il y a l’argent et le panier de crabes que l’appât du gain crée. Cela se passe à Paris, mais Frères ennemis nous fait penser aussi au film Bac Nord.

Un guet-apens qui bute l’un d’entre eux. Au passage, les trafiquants ont une très belle planque dans un grand appartement du 16e arrondissement. Guet-apens ou braquage je disais, dès le début du film et l’histoire est lancée. Plans rapprochés, très rapprochés à la caméra pour suggérer la course haletante, le cœur à 200 pulsations minutes.

Caméra subjective. Parfois le réalisateur filme une course comme si la caméra courait. Comme si on avait voulu prendre la scène avec son téléphone. On n’y voit rien mais on comprend tout et c’est juste.

Frères ennemis parce que trafiquants

Trafiquant c’est être une cible avant d’être un flambeur et le film le rappelle. Quelle vie de merde pour une poignée de dollars, fusse-t-elle grosse cette poignée. Une vie courte qui ne s’arrête jamais pour finir encore plus vite. Le film rend compte de tout cela. Que les acteurs soient frères ennemis est juste un détail romanesque qui permet à Reda Kateb, le flic, de rentrer dans la cité sans prendre un congélateur sur la tête. Leur lien présent ou absent n’aurait rien changé à cette vie et cette violence crues. Au passage, le flic s’en tire, c’est lui l’exemple de l’ascension républicaine, lui qui a choisi le droit et la justice et pourtant ses parents sont des parias dans le quartier parce qu’ils sont parents de flics.

Frères ennemis affiche du film
Reda Kateb & Matthias Schoenaerts à l’affiche du film Frères ennemis

Cela serait presque un film pédagogique pour convaincre les jeunes fascinés par l’argent facile, de faire des études et de ne pas sombrer dans le trafic. Un travail de Sisyphe.

Coupure pub ! 📺

Ceci n'est pas un lien sponsorisé, c'est notre Réclame à nous. Nous avons une newsletter commerciale avec des produits cools.

Cela peut vous intéresser, pour vous, pour offrir ou découvrir. Inscrivez-vous !

Le glauque excellemment rendu

On ne peut s’empêcher de penser que c’est le consommateur qui rend ceci possible. Le consommateur qui génère les ventes, les gains des réseaux, les règlements de compte. Le volume d’argent proportionnel au volume de drogue et à l’intensité de la violence. Violence qui ne se limite pas à la France mais à tout le parcours de la drogue sur des milliers de km. Frères ennemis se limite à la France. Je pense à toutes ces dépêches ici et là en France, encore un règlement de compte, deux personnes abattues… la guerre du trafic reprend. Des trucs qu’on entend à la radio de loin en préparant le dîner du soir, ou des notifications sur son portable qu’on swape aussi vite que les vies des victimes sont passées.

Le film finit comme on tourne une page d’un magazine avec la même chose qui continue la page suivante. Une simple tranche de vie. La mort et la peine des uns n’arrêtent pas la cupidité des suivants.

Bien entendu, on peut avoir une vision simple du film, Frères ennemis est un très bon polar avec une bonne intrigue bien montée qui se dénoue lentement sans que cela ne soit si évident au départ. La réalisation, le scénario et les jeux d’acteurs sont excellents.

Pour le reste, je vois la tristesse d’une époque qui a besoin de plaisirs artificiels dont l’organisation a été donnée à une autre France.

Victor

Victor, donc. J'aime partager mes impressions. Urbain mais assez sauvage au fond.

esterno notte aldo moro
Article précédent

Esterno notte

les jeunes aiment le jogging et les fringues destructurées
Article suivant

L’habit fait le moine

Les derniers articles du Blog

Photo sur fond coloré du cocktail Negroni avec sa tronche d'orange à l'intérieur du verre

Negroni : la recette parfaite pour ce cocktail ultra-rafraîchissant

Cet été, j’ai croisé le Negroni, un cocktail d’une autre époque, peut-être. Orange sombre, ocre transparent – comme si cette couleur pouvait exister – amer, mais pas envahissant. Capiteux comme un parfum, mais pas étourdissant. Il chante le disco, brille dans les néons. Il a presque encore les pattes d’eph, de
restaurant le 59 rue servan paris 11e

Le 59 rue Servan

Il y a des rues parisiennes qui ressemblent à des couloirs de métro : si on n’y habite pas, on les traverse vite, tête baissée, généralement pour rejoindre une artère. Des rues abandonnées par l’urbanisme où on retrouve toutes les époques ou presque de bâtiments. La rue Servan c’est cela,
renars et les autres internés fabricant des soviet jeans

Soviet jeans

Humour et joie de vivre au milieu de la dictature pas vraiment joyeuse et pas vraiment rigolarde. Cela pourrait être l’essence de cette série lettone originale à l’esthétique parfaite. Je vous plante le décor. Fin des années 70, Riga, capitale d’un tout petit état balte, la Lettonie. Longtemps le plus
affiche film the apprentice

The Apprentice

La genèse d’un titan ou d’un monstre, chacun mettra ce qu’il veut derrière. Les premières années du comment et pourquoi Donald Trump est devenu ce qu’il est. De fils à papa docile et empêtré dans de l’immobilier bas de gamme, celui de papa, à ce qu’on sait. A près de
la ville d'idiocracy

Idiocracy

Il y a des films pour lesquels j’aurais aimé écrire le scénario et les dialogues. Non par vanité mais tout simplement pour les barres de rire qu’ils ont dû avoir à l’écrire. Cerise sur le gâteau, Idiocracy est presqu’un essai (au sens d’un essai de réflexion), sarcastique et peut-être légèrement
couverture simone veil l'immortelle

Simone Veil l’immortelle

Une bande dessinée biographique et monochrome de Simone Veil, qui pour le coup en a vu de toutes les couleurs dans sa vie. Franchement, le début de la bande dessinée est pénible. Le récit commence en 1974 lors du vote de la loi sur l’IVG qui porte le nom de

Rédacteurs

AllerEn haut