Braquo, ils fument plus qu’ils n’enquêtent

Affiche promotionnelle de Braquo en contre-plongée : les quatre flics du SDPJ 92 pointent leurs armes

Braquo, c’est une série française de Canal+ sortie en 2009, créée par Olivier Marchal. Quatre saisons, 32 épisodes, soit 8 épisodes par saison. La série a eu le bon goût de ne pas s’étirer en saucisson industriel jusqu’à la corde. Diffusée jusqu’en 2016, elle s’est arrêtée à temps. Enfin presque.

À l’affiche : Jean-Hugues Anglade, Joseph Malerba, Karole Rocher et Nicolas Duvauchelle. Quatre flics du SDPJ 92, le service départemental de police judiciaire des Hauts-de-Seine. Pas la BRI, pas la brigade des stups, pas les gentils de la PJ qui mangent des sandwichs SNCF en planque. Non. Des flics à l’ancienne. Avec des cicatrices intérieures et des vestes en cuir trop épaisses pour la saison.

Une bande de flics, un suicide et une ligne jaune

Le pitch tient sur un ticket de péage. Max Rossi, leur chef, se suicide après avoir été broyé par l’administration et la justice. Ses quatre lieutenants décident de laver son honneur. Et pour cela, ils franchissent la ligne jaune. Puis la blanche. Puis ils repeignent le marquage au sol. Le procédé n’est pas sans rappeler la mécanique de Bac Nord, sauf que là on est à Marseille et qu’on a affaire à la BAC, pas à la PJ des Hauts-de-Seine.

Eddy Caplan, joué par Jean-Hugues Anglade, prend la tête du groupe. Rien qu’à le voir on entend la porte métallique du commissariat qui claque, le briquet qui gratte et la basse grave qui annonce que quelqu’un va passer un sale quart d’heure. Avec lui, Walter Morlighem, Roxane Delgado et Théo Wachevski. Une fratrie de flics soudée par la dette, le silence et probablement le même paquet de clopes.

Sur le papier, c’est classique. Dans l’exécution, c’est Olivier Marchal qui repeint les murs avec du goudron, de la loyauté virile et beaucoup, beaucoup de fumée. Marchal qui, par ailleurs, recommencera plus tard avec Les Lyonnais, puis Bronx, comme s’il avait creusé un sillon dont il ne voulait plus sortir. Et il a bien raison.

Tout le monde fume, donc tout le monde souffre

Dans Braquo, les personnages fument. Tout le temps. Avant de réfléchir, pendant qu’ils réfléchissent, après avoir mal réfléchi. Ils passent tellement de temps à allumer des clopes qu’on se demande parfois si l’enquête principale n’est pas sponsorisée par un pneumologue.

C’est cohérent avec l’ambiance. Ils fument parce qu’ils n’ont plus grand-chose à respirer. La série est saturée de cuir noir, de bureaux moches, de parkings sous-éclairés, de regards en coin et de phrases dites entre les dents. L’administration sent le papier humide, la rue sent le pot d’échappement. Et tout le monde a l’air de mal dormir depuis 2007.

C’est parfois trop. Trop viril, trop écorché vif, trop joueur, trop « j’ai un trauma mais je vais plutôt casser une mâchoire ». Les personnages principaux sont travaillés, mais ils sortent parfois du catalogue du mâle tragique. Blouson en cuir, silence, loyauté, cigarette. Page suivante, mêmes options.

Le milieu a ses codes et personne ne meurt doucement

Là où Braquo est la plus solide, c’est quand elle plonge dans les règles du milieu. Braqueurs, mafieux russes, dealers, indics, flics ripoux, mafia turque pour la dernière saison qui se délocalise à Marseille. Tout ce petit monde ne vit pas ensemble. Il se surveille, se vend, se teste, se trahit. Et ceux qui ne comprennent pas les codes finissent dans un coffre, dans un fossé, ou dans un rapport que personne ne lira jamais.

Les plus malins et les plus violents survivent. Les autres meurent de stress, de plomb, ou d’avoir cru trop longtemps que la justice administrative avait un cœur.

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On retrouve un peu la même ambiance de bascule dans Frères Ennemis, où deux mondes qui auraient dû rester séparés finissent par se croiser, mal. C’est une obsession du polar français contemporain : montrer que la frontière entre le flic et le voyou tient parfois à un coup de fil mal pris.

Je doute d’ailleurs que le crime soit aussi bien organisé qu’on nous le montre. Mais c’est joli à regarder. Et puis tant qu’à mentir, autant que ce soit bien écrit.

Roland Vogel, la machine à claques

Le personnage de Roland Vogel, inspecteur de l’IGS puis psychopathe en cavale, est la machine à claques dans son essence. Joué par Geoffroy Thiébaut, c’est le genre de type qui transforme une convocation administrative en visite chez le dentiste sans anesthésie. On ne sait pas s’il aime son métier ou s’il aime surtout faire souffrir les gens avec les outils de son métier. Ce qui est encore plus inquiétant.

Jean-Hugues Anglade en Eddy Caplan court avec son équipe dans une rue de banlieue, série Braquo sur Canal+

D’ailleurs, dans Braquo, la hiérarchie administrative est une autre mafia. Pas de chaînes en or. Pas de gros 4×4. Juste des costumes, des procédures, la patience d’un fossoyeur et une carrière à protéger. Je ne pensais pas qu’une série pouvait me faire regretter presque autant le procureur que le braqueur. Et pourtant, souvent.

La première saison démarre d’ailleurs avec une enquête de l’IGS, la police des polices. Les bœufs-carottes aux basques de Caplan. Ce qui donne tout de suite le ton : les ennemis ne sont pas seulement dehors. Ils sont aussi dans les couloirs.

Des intrigues solides, parfois un peu trop

Les intrigues de Braquo ne sont pas mal montées. Au contraire. Elles sont même souvent très bien construites. Peut-être trop, par moments. On sent parfois le scénario qui range ses pièces sur la table comme un joueur d’échecs un peu satisfait de lui-même. L’indic qui tombe bien. Le procureur qui surgit au bon moment. Le mafieux qui connaît le cousin du type dont le frère a vu passer la valise. Tout se tient, mais on voit parfois les boulons.

On met aussi du temps, parfois, à comprendre où ils veulent en venir. Certaines histoires annexes traînent en longueur, comme un café froid qu’on finit par habitude.

Cela ne m’a pas arrêté. Jamais. C’est aussi ça la vie de flic dans Braquo : tu comprends qu’ils fument autant. Il faut bien faire passer les dossiers, les morts, les traîtres, la hiérarchie, les ministres, l’IGS et les emmerdes de service. Pour les amateurs de polar policier européen sur le même registre mais avec moins de cuir, Unité 42 côté Belgique vaut aussi le coup d’œil.

Eddy Caplan, Walter Morlighem, Théo Wachevski et Roxane Delgado réunis dans une planque de la série Braquo

En conclusion

Braquo se regarde comme un bon polar. Avec ses excès, ses gueules cassées, ses trahisons, ses morts et cette morale cabossée qui dit qu’entre la loi et la justice, il y a parfois un parking souterrain, deux flingues et un type qui ment.

Il ne faut pas y chercher une leçon de droit, ni une représentation douce du métier de flic, ni un manuel d’éthique républicaine. C’est un polar noir, brutal, théâtral par moments, mais jamais mou.

Faut pas compter les morts ni les actes de violence, vous aurez mal au crâne. La fumée de cigarette vous suffira largement.

Et finalement, on continue. Parce que sous les couches de nicotine, de testostérone et de procédures douteuses, il y a une vraie mécanique de polar. Pas toujours subtile, mais efficace. Comme une gifle bien placée dans un commissariat mal éclairé.

La fiche technique de Braquo

ÉlémentDétail
TitreBraquo
CréateurOlivier Marchal
GenrePolar, série policière
DiffuseurCanal+
Saisons4
Épisodes32 (8 par saison)
Durée d’un épisode52 minutes
Première diffusion13 octobre 2009
Dernière diffusion27 juin 2016
Casting principalJean-Hugues Anglade, Joseph Malerba, Karole Rocher, Nicolas Duvauchelle, Geoffroy Thiébaut
ProductionCapa Drama, en coproduction avec Marathon, Be-Films et RTBF
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