Certains dimanches sont pénibles. On est vaseux, on a envie de rien ou plutôt on ne sait pas ce dont on a envie. La mollesse n’est pas franchement le meilleur état pour choisir parmi les milliers de programmes. Pour peu que la veille on se soit amusé, qu’on ait fêté le premier barbecue de l’année par exemple ou une soirée festive, le lendemain est encore plus lent. On est à marée basse.
350 sorties en mer
Le documentaire animalier Netflix va vite devenir le choix par défaut d’un pouce et d’une télécommande qui ont pris le relais sur mon cerveau. Je vais être happé par ce caméraman, naturaliste, scientifique, psychologue, Craig Foster dans La sagesse de la pieuvre. Il parle pendant 1h30, nous décrivant 350 sorties en mer en Afrique du Sud, son pays d’origine dans une mer pas franchement accueillante.
Tous les jours pendant un an, il va plonger à la rencontre d’un mollusque qui va devenir son sujet d’observation, un personnage à part entière du film. On quitte rapidement le cadre du documentaire. Documentaire qui au passage va rafler l’Oscar du meilleur film documentaire. Même si je n’en ai pas vu soixante de la même année, cela ne me semble pas démérité.
La mer est violente dans cette partie de l’Atlantique sud voire hostile. Les sorties nocturnes qu’il réalise torse nu au milieu des requins rayés, entre autres, et la forêt de kelp pas vraiment rassurants. Si les requins rayés sont qualifiés de peu agressifs, cela reste des requins, sinon cela s’appellerait poisson. Je ne vois pas la partie de plaisir pour lui mais à mesure que le film avance on se fascine. On se fascine pour sa délicatesse et sa précision à décrire, on se fascine pour la sagesse de la pieuvre.

On tombe amoureux nous aussi
La voix off vient augmenter l’image, comme dans tout documentaire vous me direz mais la démonstration de la vie de la pieuvre est une perfection. Son comportement nous apparaît limpide et cohérent. La vie du mollusque dure un an, ce qui explique les 350 plongées quotidiennes. Un an de solitude ou presque à se camoufler des prédateurs à changer de couleur ou de forme prodigieusement. Le poulpe utilise 2500 doigts pour se nourrir et se déplacer avec une grande finesse. La relation entre Craig Foster et cette pieuvre s’intensifie. C’est littéralement fascinant.
Il en tombe amoureux, c’est lui-même qui le dit, d’où ma qualification de documentaire mélodramatique. Nous sommes dévastés quand elle se fait dévorer un tentacule par un requin. Nous sommes joyeux quand celui-ci repousse après quelques semaines. Bien entendu au requiem de son existence quand elle donne toute sa ressource pour se reproduire on ne peut que verser une larme. Une existence qui n’a pour but que de participer à son biotope.