Il y a des films qui commencent avec un héros. Banger commence avec un reste.
Un reste de gloire, un reste de nuit, un reste de French Touch, un reste de cheveux peut-être, un reste de tout ce qui faisait encore croire à un homme qu’il était attendu quelque part.
Cet homme, c’est Scorpex, DJ sur le retour, incarné par Vincent Cassel, dont le personnage semble être le dernier à ne pas avoir reçu le mémo. Celui qui disait, en substance : merci pour les années 2000, on vous rappellera si Myspace revient. Sauf que Scorpex continue. Il continue à vivre comme une star alors que la star est partie sans lui laisser l’adresse. Le train de vie est resté. Le public, lui, a changé de quai.
Et comme souvent dans les grandes trajectoires françaises, ce n’est ni la morale, ni l’amour, ni la vocation qui viennent remettre un homme sur les rails. C’est le fisc.
Comment devient-on agent infiltré ? Avec une dette fiscale, évidemment
La mécanique de Banger est simple, presque hygiénique : Scorpex, ancien DJ connu, désormais en perte de vitesse, est recruté par la DGSI pour faire tomber un trafiquant de stupéfiants particulièrement dangereux, serbe de profession dramatique, cliché de nationalité, et entouré de sbires qui ont visiblement tous été castés dans le rayon « brutalité balkanique » du grand magasin des scénarios pressés.
Pour convaincre notre DJ carbonisé de coopérer, les policiers n’ont pas besoin de patriotisme, de chantage sentimental ou de grande tirade sur la République. Ils ont mieux : une dette fiscale. C’est beau, la France. Même les services secrets passent par Bercy.

À partir de là, le film déroule son affaire sans s’encombrer. 1h31, on ne traîne pas. Pas le temps d’ouvrir les personnages comme des huîtres ni d’expliquer pourquoi les méchants sont méchants. Ils sont serbes, claniques, alcooliques, brutaux. Le contrat est rempli, même si la subtilité a probablement été oubliée dans le coffre d’une berline allemande.
On n’est pas là pour la finesse criminologique. On est là pour voir un DJ has-been infiltrer un monde qui, au fond, n’a pas l’air beaucoup plus abîmé que le sien.
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Banger, Starsky, Hutch et les trafiquants bien rangés
Le film a ce côté série policière du samedi soir, avec twist compris dans le prix du forfait. Le bandit n’est pas forcément celui qu’on croit. Tout est bien caché, mais pas trop non plus. Il faut que le spectateur puisse suivre entre deux notifications et une envie de vérifier qui était exactement Scorpex dans la vraie vie alors qu’il n’existe pas.
Et puis tout finit, gentiment, dans les mains de la police. Comme dans Starsky et Hutch, quand le crime avait encore la politesse de se faire arrêter avant le générique de fin.
Ce n’est pas forcément un défaut. Banger ne prétend pas être un grand polar métaphysique sur l’infiltration, la trahison et les doubles fonds de l’âme humaine. Le film avance, tape là où il peut, fait son boulot et débarrasse la table avant que la sauce ne fige. Dans le genre comédie policière à la française qui tient ses promesses sans en faire trop, Cash sur Netflix avec Raphaël Quenard joue dans une cour voisine, en plus ambitieux.
Mais son vrai sujet est ailleurs.
Le vrai trafic de Banger, c’est celui des artistes pluridisciplinaires
Ce qui rend Banger vraiment fréquentable, ce n’est pas son intrigue. C’est sa petite cruauté envers le monde actuel. Une cruauté assez réjouissante, parce qu’elle vise juste : les artistes égocentrés, les créateurs autoproclamés, les profils pluridisciplinaires qui additionnent les disciplines comme d’autres empilent les impayés.
On connaît le personnage. Il fait de la musique, mais pas seulement, de l’image, mais aussi de la mode. Il performe, il curatise, il collabore, il explore les frontières entre le son, le corps, l’espace et le partenariat rémunéré. En réalité, il cherche surtout une phrase assez brumeuse pour justifier qu’il n’a pas grand-chose à dire.

Banger s’amuse de cette génération no future mais prétentieuse, ce qui est tout de même une performance. Avant, on était no future par désespoir. Maintenant, on l’est avec un dossier de presse, une direction artistique et un bob trop cher.
Le film passe cette petite faune à l’acide. Pas toujours avec délicatesse, parfois à gros traits, mais avec une certaine gourmandise. Les scénaristes et dialoguistes semblent prendre un plaisir sincère à faire tomber les poses. C’est là que le film respire le mieux : quand il cesse de courir après son histoire de trafiquants pour regarder les impostures qui se dandinent autour du dancefloor.
Vincent Cassel en vestige magnifique
Vincent Cassel est évidemment l’homme qu’il fallait pour jouer ce genre de naufrage qui refuse de couler. Il a cette élégance nerveuse du type qui peut encore entrer dans une pièce comme s’il était attendu, même si personne ne sait très bien pourquoi. En Scorpex, il trimballe une forme de panache usé, une autorité en cuir froissé, une gloire qui sent encore le backstage tiède et le champagne de marque secondaire.
Son personnage est ridicule, mais pas seulement. C’est ce qui sauve le film du simple sketch. Scorpex est un has-been, oui, mais un has-been qui a connu quelque chose. Il a peut-être été quelqu’un. C’est toujours plus tragique que ceux qui sont déjà nostalgiques d’une époque où ils n’ont jamais existé.

Face à lui, le nouveau monde s’agite. Plus jeune, plus branché, plus marketé, mais pas forcément plus vivant. C’est peut-être là que Banger devient plus malin qu’il en a l’air : l’ancien monde est pathétique, mais le nouveau est creux. Match nul, balle au centre, tout le monde rentre chez soi avec des acouphènes.
Une comédie policière qui vise mieux quand elle oublie le polar
On peut reprocher à Banger ses facilités. Les Serbes sont en Serbes de fiction. Les flics ont des méthodes de flics de comédie. Le scénario se tient, mais ne cherche pas à inventer un nouveau langage cinématographique. Personne ne sortira de là en disant que le polar français vient de changer de visage. Pour ça, on ira plutôt revoir Bac Nord, qui joue dans une autre catégorie de réalisme.
Mais ce serait peut-être lui demander quelque chose qu’il ne promet pas. Le film dure 1h31, avance vite, place ses vannes, ses silhouettes, ses coups de griffe. Il ne s’installe jamais assez longtemps pour devenir pesant. Et dans le paysage actuel, un film qui ne s’étale pas comme une série de huit épisodes non nécessaires mérite déjà un début de décoration.
Banger fonctionne quand il tape sur son époque. Quand il regarde ces artistes interchangeables, ces carrières gonflées à l’ego, ces branchés fatigués, ces ratés qui ont remplacé le talent par un vocabulaire. Là, il y a quelque chose. Un rire, parfois franc. Une revanche aussi, peut-être. Celle d’un ancien monde carbonisé qui regarde le nouveau s’agiter et se dit : vous êtes encore plus foutus que nous, mais avec de meilleurs sneakers.
Banger : petit film, bonne acidité
Au final, Banger n’est pas un grand film. Et c’est peut-être très bien comme ça. C’est une comédie policière nerveuse, imparfaite, parfois caricaturale, mais traversée par une vraie envie de se moquer de son époque. Pas de la sauver, pas de l’expliquer, encore moins de lui pardonner. Juste de la regarder danser un peu trop fort sur sa propre vacuité.
Scorpex voulait revenir avec un banger.
Il revient surtout avec une dette fiscale, une mission d’infiltration et la confirmation que le monde de la nuit n’a pas besoin de trafiquants pour sentir la fin de soirée.
C’est déjà pas mal.
Banger est disponible sur Netflix. Pour les amateurs de fouille de catalogue, jetez un œil aux codes Netflix cachés pour explorer le service au-delà des recommandations habituelles. La fiche Wikipédia du film complète le tableau si vous voulez creuser.
Fiche technique
| Banger | |
|---|---|
| Réalisateur | Bertrand de Langeron, alias So Me |
| Scénario | Bertrand de Langeron, Noé Debré |
| Acteurs | Vincent Cassel, Laura Felpin, Mister V, Alexis Manenti, Manu Payet, Philippe Katerine, Déborah Lukumuena, Paul Mirabel, Panayotis Pascot, Nicolas Maury |
| Genre | Comédie policière |
| Durée | 1h31 |
| Pays | France |
| Date de sortie | 2 avril 2025 (Netflix) |
| Distribution | Netflix |
| Notre avis | À voir si rien d’autre à faire |
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