L’Amérique profonde de l’Idaho. Ses forêts, ses lacs, ses montagnes, une carte postale. Ses enfants du pays convertis à la Suprématie Blanche plutôt que de finir ivre dans le bar du comté local à boire des bières avec les mêmes personnes que l’on connaît depuis le berceau. C’est dans l’ordre des choses. The Order c’est le nom de ce groupuscule, c’est le titre du film. C’est une histoire vraie, ou plutôt inspirée d’une histoire vraie. On en reparle après.
L’Eglise au milieu du village
Quand l’église, le catéchisme et la ferveur ne suffisent plus, c’est le white power qui prend le dessus. Les mecs démarrent au quart de tour sur les Noirs et les Juifs, surtout les Juifs. L’Idaho ce n’est pas Jérusalem, il n’y a pas beaucoup de Juifs. Vous l’aurez compris, on est très loin des wokistes de Colombia même si, dans la manière de traiter le sujet, il y a un certain mépris. Les mâles blancs dominants cause des maux actuels. La ville face à la campagne, New York face à un État très loin dans l’Ouest. Le shérif du comté assez coulant face à un FBI légaliste.

Les bons, c’est le FBI, la cavalerie, ceux qui sont détenteurs du bien, du savoir, je dirais presque de la civilisation. A leur manière, ils sont en religion. Bien entendu, celui qui les représente, l’excellent Jude Law, preuve vivante qu’on peut bien vieillir, est un agent imparfait. Ils sont toujours d’excellents flics avec une vie personnelle, de m**de.
Basée sur une histoire vraie
C’est donc une histoire vraie, celle d’un groupe, The Order, qui voulait faire une révolution dans les années 80. Émanation plus ou moins claire d’une église. Leur leader était de culture mormone, au nom du politiquement correct américain, on n’en parle pas. On ne parle pas non plus de leur anticommunisme originel qui pourrait être un élément d’explication, un bon élément. Un élément de contexte pour texturer le film. L’auteur du film, Zack Baylin, prend ses larges distances avec l’histoire vraie.
The Order a son Mein Kampf à lui, Turner Diaries, les cahiers de Turner. L’histoire de l’oppression des blancs à qui on, comprendre les non blancs de Washington, enlève petit à petit des droits et qui finissent par se révolter en 2099. Dans le film, c’est un manuel de scoutisme version ultra droite en six étapes pour gagner le pouvoir. Première étape, lever de l’argent en braquant des banques, certainement l’étape la moins polémique, que le film retrace volontiers. Je n’ai pas lu le livre, ma critique s’arrêtera là.

La bien-pensance en filigrane
L’apothéose de la leçon d’histoire ou de civisme, ce sont les mentions à la fin du film. Amazon ou Netflix adorent faire cela. Généralement, ce sont des « que sont-ils devenus » pour t’éviter de chercher sur google. Globalement indiscutables. The Order est ici présenté comme les prémices de l’attentat d’Oklahoma city, lui aussi d’inspiration anti gouvernementale et suprématiste ou encore l’attaque du Capitole par les partisans de Trump. Attaque qui est vue comme une tentative de coup d’État par les uns et comme un meetup pour compter ses troupes et publier sur les réseaux sociaux pour les autres. La bipolarisation de l’Amérique qu’on veut nous servir à toutes les sauces.
La participation du film à la Mostra de Venise finit par me convaincre de cela. Le film ne le mérite pas même s’il se laisse volontiers regarder. Il y a au passage des scènes de chasse au cerf en pleine nature, qui sont aussi belles que parfaitement inutiles au scénario. Aucun animal n’est tué, la cause animaliste est, elle aussi, sauve.
Faites l’amour pas la guerre
Cependant, il me reste une bonne expérience en voyant le film. Si vous pensez que j’ai exprimé mes opinions avant et bien cela ne commence qu’ici. J’ai eu soudainement un souvenir d’enfant qui m’est revenu à l’esprit. J’avais vu avec mes parents, une soirée d’été, la Main droite du diable. Une scène violente de l’assassinat d’un animateur de radio, Alan Berg. A l’époque, j’ai cru, je n’y ai pas vraiment réfléchi, à une fiction mais c’est un fait réel. The Order montre la scène de manière plus réaliste que dans la Main droite du diable (Betrayed le titre original).
J’ai été traumatisé par la scène, le journaliste se faisant taguer ZOG autour de son visage, comme Zionist Occupation Governement, un leitmotiv pour les groupuscules néonazis américains. Un bon film de Costa-Gavras, le père, qui en a fait de très bon Z, l’Aveu, Missing, Amen, entre autres. Mélange d’angoisse de manipulations et de faits historiques. Ses thèmes favoris.
Je voudrais conclure par les mots d’Alan Berg combattant de l’antisémitisme et de la haine. Victime de ces groupes. Témoin de la haine absurde et sans fondement, qui parfois naît dans des régions qui ne connaissent pas les problèmes dont ses habitants croient souffrir. Il n’a pas connu les réseaux sociaux mais il en tomberait volontiers de sa chaise car cela n’a fait qu’amplifier l’éloignement des hommes entre eux sans aucune raison, sinon une réalité fantasmée. Réconcilier les hommes par l’amour, l’humour et par les mots, son crédo, semble parfois vain face aux armes et aux croyances.
Et pour ceux qui voudraient voir La Main droite du diable, Betrayed.

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