Humour et joie de vivre au milieu de la dictature pas vraiment joyeuse et pas vraiment rigolarde. Cela pourrait être l’essence de cette série lettone originale à l’esthétique parfaite. Je vous plante le décor. Fin des années 70, Riga, capitale d’un tout petit état balte, la Lettonie. Longtemps le plus pauvre pays de l’Union européenne. Des jeunes qui veulent vivre comme à l’Ouest. Le monde est encore divisé en deux blocs. Une jeune femme finlandaise et metteur en scène venu faire une représentation d’Hamlet qui va se retrouver au milieu de la contrebande des Soviet jeans.
Petit pays grande dictature
Tout est contrôlé dans cette dictature. On voudrait même contrôler les intentions des gens. Heureusement que les solutions technologiques n’étaient pas aussi efficaces qu’aujourd’hui. Dans ce contexte, porter un jeans Levis ou fumer des Marlboro, c’est l’expression de la liberté. Deux grandes marques américaines symboles « abjectes » du capitalisme pour nos chers soviétiques. Le film nous montre le quotidien, la débrouille. On en rit presque aujourd’hui et on voit ceci comme du folklore. Il ne faut pas oublier ceux qui en sont morts ou ceux qui en souffrent toujours.
Bien entendu, Soviet jeans a aussi une histoire dans l’histoire. Une histoire d’amour entre Renars et Tina. Renars est libre comme l’air dans un pays complètement fermé. Il est rebelle dans le sens romantique du terme ce qui séduit Tina qui aime les héros romantiques. Renars est un couturier de talent, il va donc produire des Soviet jeans au look bien américain pour le marché noir et devenir la cible de la police secrète.
L’anti-héros agent du SD
Cette police secrète VDK en letton ou SD, une émanation du KGB et complètement sous sa tutelle, a le visage d’un premier de la classe, Maris. Rotor et efficace sur le terrain. On se rend compte de la performance de la formation des agents. En un mot une horreur. Maris, ancien camarade de classe de Renars n’est pas le héros romantique et libre. Il n’a pas une mère qui a fui à l’ouest, il est orphelin, jaloux de tout ce que Renars a. Et ça ce n’est vraiment pas bon pour notre héros.

En effet, à l’époque, on interne pour un oui ou pour un non. Sans explication, sans cause encore moins de durée. Un cauchemar kafkaïen imprévisible. Il va suffire d’une dénonciation pour que Renars en fasse les frais et se retrouve dans un hôpital psychiatrique, sain au milieu des malades. Ce genre d’hôpital qui n’a pas de nom, juste un numéro, pour amplifier ce cauchemar et vous faire disparaître socialement.
Hôpital atelier de soviet jeans
Renars est audacieux, bravache parfois. Ainsi se retrouver dans un groupe de sains parmi les fous. Des poètes, des professeurs, des lettrés, bref ceux qui utilisent un peu trop leur cerveau ce que n’aiment pas les dictatures. Couturier, il se propose de fabriquer les uniformes et pousse le vice à devenir un exemple d’ouvrier stakhanoviste. Cela offre au scénario de Soviet jeans de belles scènes et l’opportunité de montrer la propagande propre à cette époque.

C’est une fois dans l’atelier qu’il suggère la fabrication des Soviet jeans très demandés sur le marché noir, même à trois mois de salaire le jeans. Aidé par son ami, un mafieux débonnaire et non violent, un margoulin en jogging, les choses prennent de l’ampleur. Quand il y a de l’argent à se faire, les convictions politiques trouvent des compromis. De belles scènes, notamment entre le directeur de l’hôpital éperdument amoureux de sa femme, une « petite idiote » complètement fan de l’ouest.
Les services du SD sont donc en feu pour retrouver l’origine des Soviet jeans sur le marché noir.
De quoi bien remplir 8 épisodes d’une première saison appréciée qui devrait donner lieu à une deuxième.
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