A Star Is Born : l’alcool, les chansons, les yeux bleus et la fatalité

A star is born Bradley Cooper et Lady Gaga

Il y a des films américains qui arrivent avec leurs gros sabots, leur émotion programmée, leur romance sous cellophane et leur musique comme accélérateur de larmes. Et puis il y a ceux qui font à peu près la même chose, mais avec assez de talent, de beauté et de tristesse pour qu’on accepte de marcher quand même. A Star Is Born, version Bradley Cooper, appartient clairement à cette seconde catégorie.

Romance dramatique

Sur le papier, c’est un drame musical. En vrai, c’est surtout l’histoire d’une passation. Une étoile qui vacille, une autre qui s’allume. Un homme qui descend pendant qu’une femme monte. Une trajectoire en croix parfaitement hollywoodienne. Ici, le succès, la fragilité, l’amour, l’alcool et la musique se mélangent dans un grand verre servi bien frais au spectateur.

Bradley Cooper joue Jackson Maine, star du rock usée, connue, cabossée, vraisemblablement aussi célèbre qu’amoureuse de la boisson. Il boit tout le temps, ou presque. D’ailleurs, il boit comme d’autres respirent, avec cette nonchalance inquiète des gens qui savent déjà que la pente est trop familière pour être honnête. Mais il a aussi ce que le cinéma américain adore donner à ses hommes abîmés : du talent, des yeux bleus, un grand cœur, une silhouette fatiguée mais encore très photogénique. En plus, il a cette manière d’être perdu qui fait croire à une profondeur immédiatement rentable.

C’est gros et cela passe

Un soir, dans un bar improbable, il tombe sur Ally, Lady Gaga herself, qui chante pour le plaisir dans un bar de drag queens. Et de cette rencontre, évidemment, a star is born. La formule n’est pas seulement le titre, c’est le programme. Elle est là, encore à côté de sa vie, encore un peu sur le seuil de sa propre lumière, et lui la voit tout de suite. Le cinéma américain aime cela : un homme détruit mais visionnaire, capable de reconnaître avant tout le monde la grâce brute chez une femme qui doute encore d’elle-même. C’est faux, romancé, fabriqué, peut-être même un peu trop beau pour être honnête. Pourtant, c’est précisément pour cela que ça fonctionne.

bradley cooper et lady gaga dans le film A star is born
Bradley Cooper et Lady Gaga, sa Star is Born !

Ils deviennent compagnons de nuit, de biture, de trottoirs et de chansons bricolées à deux. Leur intimité se construit comme cela, dans cette drôle de zone entre la confidence, la musique et la drague. Avant l’amour, ou plutôt dans sa périphérie immédiate. Il va d’abord la faire chanter, au premier sens du terme. Ensuite seulement vient le reste. Chez eux, la passion semble naître presque par glissement, comme si l’évidence avait remplacé la conquête. L’amour s’installe sans trop demander l’autorisation, entre deux morceaux, deux verres et deux regards humides. Je pense à Les Deux Amis, ce film parisien où l’amour naît dans les marges, doucement, comme une mauvaise idée à laquelle on finit par trouver bonne mine.

The Voice is enough

Et puis il y a Lady Gaga. Il faut être honnête : elle porte beaucoup du film. Elle n’interprète pas toujours son rôle avec la finesse du siècle, mais dès qu’il s’agit de chanter, de prendre l’espace, de mettre de la chair et de la faille dans une voix, il n’y a plus grand-chose à discuter. C’est d’ailleurs peut-être la meilleure idée du film : ne pas confier ces moments à une actrice qui ferait semblant de chanter comme une star, mais à une vraie star capable d’y mettre tout de suite une vérité physique. Ainsi, on la croit davantage quand elle chante que quand elle joue, et au fond ce n’est pas un reproche. C’est même la logique du personnage.

Si vous venez pour Bradley Cooper, vous serez également servis. Le film ne laisse rien au hasard : les yeux bleus, la moto, la veste en cuir, le piano, la voix râpeuse, les failles bien visibles, les yeux humides aussi. On est dans un imaginaire très calculé du mâle américain brisé. Pourtant, le calcul ne suffit pas à annuler le charme. Film américain oblige, tout est à sa place. Même le désordre.

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Entre angoisse et fatalité

Le problème, ou la force du film selon votre degré de patience, c’est que toute cette histoire est traversée dès le début par quelque chose de malsain, d’angoissant, presque de fatal. Bradley Cooper met en scène son héros comme un homme déjà condamné. Jackson Maine ne vit pas vraiment, il retarde. Il avance avec sa légende autour du cou et son passé dans les poches. Son passé, on ne comprend pas toujours parfaitement la gravité ou la source exacte. Toutefois on sait qu’il est fait de pertes anciennes, de blessures mal cicatrisées, d’une solitude devenue structure. Il y a chez lui quelque chose d’abîmé de naissance ou presque, une tristesse qui ne cherche même plus à se déguiser.

C’est là que A Star Is Born devient plus intéressant que sa mécanique romantique. Car le film raconte moins un amour qu’un transfert de lumière. À mesure que Jackson sombre, Ally triomphe. À mesure qu’il s’efface, elle rayonne. Une star se meurt, une autre naît. Le titre redevient une phrase froide, presque clinique. La machine à fabriquer des icônes continue d’avancer, avec ou sans ceux qu’elle a déjà broyés. On retrouve cette même mécanique impitoyable du succès dans King Richard, où la fabrication d’une légende se fait elle aussi sur le dos d’une ambition qui dépasse l’individu.

Sans durée, le présent triomphe

Il y a des scènes qui disent cela mieux que de longs discours. La scène du mariage, par exemple, a quelque chose de parfait dans son rapport à l’instant. Tout y semble vécu dans le présent absolu, comme si ces personnages savaient confusément qu’ils n’auraient pas droit à la durée. Chez eux, on ne construit pas vraiment un futur. A la place, on sanctifie des moments. C’est sans doute ce qui rend le film à la fois touchant et un peu cruel. En effet, il filme très bien les bonheurs déjà menacés.

Reste la musique. Et là encore, le film joue parfois un peu étrange. La chanson la plus connue, celle qu’on attend presque comme un passage obligé, n’apparaît finalement qu’une fois, ou à peine davantage. C’est comme si le film savait qu’il avait trouvé son grand morceau trop tôt. Ce n’est pas forcément frustrant, mais cela participe à cette sensation bizarre d’un film qui dispose de tous les ingrédients du succès populaire. Cependant il garde au fond une vraie noirceur.

A Star Is Born n’est donc ni un pur mélodrame, ni une pure success story, ni une pure histoire d’amour. C’est un film sur la chute quand elle côtoie l’ascension. Aussi, c’est un film sur ce que l’on transmet à l’autre au moment même où l’on se perd soi-même. Il parle de la célébrité aussi, bien sûr, mais surtout de la solitude et de ces vies que l’on tient debout à coups de musique, d’alcool, d’illusion et de tendresse. Dans un registre plus sarcastique mais tout aussi lucide sur la condition humaine, Idiocracy raconte à sa façon comment les sociétés se laissent elles aussi porter par leurs propres illusions collectives.

C’est un film fabriqué, oui. Une histoire romancée, oui. Mais parfois le faux raconte très bien le vrai. Et ce A Star Is Born raconte assez bien cela : certaines rencontres vous sauvent, vous révèlent, vous élèvent même. Et parfois elles arrivent trop tard pour l’un, juste à temps pour l’autre.

Dans un registre beaucoup plus absurde mais finalement tout aussi révélateur de son époque, on peut aussi lire notre avis sur Naked Gun 2025

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