Il n’est pas nécessaire d’être sur un grand boulevard pour croiser une grande brasserie pluridécennale : le Grand Colbert. Je vous reprends ici toute l’histoire de ce lieu et ensuite je vous fais mon commentaire du restaurant.
Histoire du lieu
A l’origine lors de sa construction en 1637 commandée par Guillaume Bautru, Comte de Serrant, le bâtiment était un hôtel particulier érigé sur les plans de l’architecte Louis le Vaul. Il fut vendu à Jean-Baptiste Colbert, le célèbre Ministre de Louis XIV en 1652 puis à Philippe d’Orléans en 1719. En 1806, il était occupé par la caisse de la dette de l’Etat jusqu’à sa vente en 1825. L’hôtel particulier fût alors détruit pour laisser la place au bâtiment actuel et à l’ouverture de la galerie Colbert en 1828 qui devait concurrencer la galerie Vivienne. Sous Louis-Philippe un magasin de nouveautés appelé « Au Grand Colbert » ouvrit ses portes. Le nom fut conservé en 1900 où il fût transformé en restaurant.
Sous l’impulsion de la Bibliothèque nationale de France, propriétaire des lieux, qui se trouve en face, il fût rénové dans tous ses détails d’origine en 1985 en même temps que la Galerie Colbert. On trouve dans cette grande salle d’un impressionnant volume architectural, des murs de six mètres, des vestiges avec notamment des pilastres sculptés. Demeurent également des peintures sur bois de style pompéien inventoriés à la liste des arts historiques et de rares mosaïques au sol.
Tiré du site du lieu, le Grand Colbert
Les classiques dans l’assiette
Voici pour l’histoire qui plante bien le décor. Grande hauteur sous plafond, claustras d’époque pour séparer les tables avec leur barre en cuivre. Un maître d’hôtel, LE maître d’hôtel vous reçoit et vous place. Il vous confie au chef de rang puis se succède le sommelier, le serveur, le commis de salle. C’est d’un autre temps et je vous suis reconnaissant que ces traditions perdurent. Le client est au centre d’un spectacle d’attentions.

Je commande une bonne bouteille de Pomerol pour en profiter et initier les enfants à un autre patrimoine français. Du patrimoine plein les yeux, du patrimoine plein la bouche. Concernant la carte, c’est du grand classique, des huîtres, des plateaux, des fruits de mer. Foie gras, cuisses de grenouilles, soupe à l’oignon. Ils sont tous là. J’oublie les œufs-mayonnaise, le petit salé aux lentilles ou les escargots. Rien d’original mais c’est justement ce qu’on recherche, des grands classiques.
On peut venir en famille, c’est d’ailleurs le cas pour beaucoup de clients à qui je jette un œil. Souvent des familles réunies sur trois générations.
Les rognons du Grand Colbert

Personnellement, j’ai une tradition de prendre les rognons de veau, légèrement braisés. J’ai eu une expérience détestable, dégueulasse en fait, à la Coupole. Depuis je les teste où on m’en donne l’occasion. Ceux de la Brasserie le Grand Colbert sont délicieux, réussis. Je prolonge sur le plateau de fromages, j’aime découvrir les secrets des maîtres fromagers. Finalement peu de personnes choisissent le fromage, d’autant que beaucoup de clients sont étrangers. Un baba au rhum pour finir et il nous faudra un cercueil pour sortir du restaurant.

Le baba, cela ne sera pas pour moi mais pour mes convives. Il arrive avec un verre plein de rhum en plus d’une crème chantilly ferme et blanche comme la neige. Le baba fera plaisir à tous et certainement à mamie, les mamies aiment cela le baba. C’est l’apothéose et le grand n’importe quoi, il y a quelques jours, je vous parlais de la nécessité de faire une diète.
On caresse la nappe blanche, on discute avec cette lumière indirecte. On se fait passer les couverts en argent entre les doigts. Le Grand Colbert, c’est un très bon moment à partager plusieurs fois par an. En famille, avec ses parents, ses oncles et tantes, un déjeuner d’anniversaire peut-être.


