L’Impasse Carlito’s Way avis : un trafiquant notoire décide de se ranger des voitures après un vice de procédure. Il a caressé la porte de la prison sans vraiment la franchir. C’est une chance. C’est aussi le début du problème.
Carlito Brigante sort libre, ou presque libre, avec une tête d’homme qui a compris quelque chose trop tard. Après avoir croulé sous l’argent, la poudre et les mauvaises fréquentations, il ne rêve plus que d’une chose : ouvrir une agence de location de voitures aux Bahamas.
C’est modeste, presque mignon. Pour un ancien caïd, c’est même une reconversion Pôle emploi avec palmiers.
Mais on ne change pas ses fréquentations sans déménager vraiment. Carlito ne déménage pas. Pas assez loin, pas assez vite. Pas assez franchement.
Il veut quitter le crime, mais le crime connaît encore son adresse. Il souhaite devenir honnête, mais son avocat est un gangster. Quand l’avocat est déjà contaminé, le dossier de réinsertion commence mal.
Le crime déteint sur tous.

Extrait vidéo de L’Impasse
Carlito caresse la prison, puis prend l’air
Carlito Brigante ne sort pas de prison comme un homme neuf. Il sort comme un homme qui veut le devenir.
La nuance change tout.
Il ne nie pas son passé et ne prétend pas avoir été un enfant de chœur avec une mauvaise comptabilité. Il a trafiqué, encaissé, fréquenté les pires personnes et traversé un monde où la loyauté coûte souvent plus cher que la trahison.
Puis il décide de se ranger.
Cette décision devrait suffire dans un monde raisonnable. Mais L’Impasse ne vit pas dans un monde raisonnable. Le film vit à New York, dans des clubs, des arrière-salles, des couloirs, des escaliers et des regards qui ne pardonnent pas.
Carlito peut changer de discours. Il peut même changer d’envie. Mais les autres gardent sa fiche : ancien trafiquant, ancien roi du quartier, ancienne menace, toujours utile.
85 000 dollars et les Bahamas dans un coin de la tête
Carlito a un plan. Comme tous les personnages de ce genre, il a un plan trop simple pour ne pas sentir la tragédie.
Il lui faut 85 000 dollars.
Avec ça, il part, ouvre son agence de location de voitures. Avec ça, il arrête les boîtes de nuit, les combines, les types louches, les conversations dans les coins sombres et les copains qui demandent un petit service.
Évidemment, ce ne sera pas le dernier service.
Le cinéma de gangsters adore ces rêves de retraite. Une somme précise. Un pays chaud. Une femme à retrouver. Une vie normale qui attend derrière une porte.
Sauf que la porte reste toujours gardée.
Par un homme armé, un avocat pourri ou un ancien associé qui n’a pas digéré le passé.
Carlito veut des voitures aux Bahamas.
New York lui répond avec des flingues.

On ne change pas ses fréquentations sans déménager
C’est le vrai sujet du film.
Carlito veut changer de vie, mais il reste dans le même cercle. Il garde les mêmes visages autour de lui, revient dans les mêmes lieux, accepte les mêmes conversations. Il croit pouvoir traverser son ancien monde sans se salir à nouveau.
C’est une erreur.
On ne quitte pas un milieu en lui expliquant poliment que l’on passe à autre chose. Le milieu vous répond, vous rappelle, vous menace, vous flatte ou vous piège. Il vous connaît trop bien pour accepter votre nouvelle version.
Le jeune Benny Blanco le regarde comme une cible. Les anciens le regardent comme une ressource. Les amis le regardent comme une dette. Personne ne voit l’homme qui veut partir.
Tout le monde voit le Carlito d’avant.

L’avocat est un gangster avec diplôme
David Kleinfeld, joué par Sean Penn, reste l’un des plus beaux poisons du film.
Il ne braque pas les gens dans la rue, ne porte pas le crime sur le visage comme les voyous de quartier. Il fait pire, a les codes, le bureau, les mots, la veste et la respectabilité.
C’est un gangster, mais avec diplôme.
Cela le rend plus dangereux.
Carlito vient du crime frontal, presque ancien régime. Kleinfeld appartient à une autre espèce. Il salit tout ce qu’il touche en prétendant rendre service. Il incarne un crime qui monte les étages, signe des papiers, parle au juge et organise le désastre avec des manières de profession libérale.
Carlito veut s’extraire de son monde.
Son avocat l’y replonge.
Comme quoi, il faut toujours lire les petites lignes quand un homme vous sauve de la prison.

New York organise la rechute
Sous prétexte de se faire ses 85 000 dollars, Carlito nous offre une visite guidée du crime, des gangsters et des lieux de perdition new-yorkais.
La boîte de nuit. Le billard. Le club. Les rues. La gare. Les arrière-salles. Les types qui parlent trop. Les hommes qui savent qu’ils vont mourir, mais qui prennent quand même le métro de la catastrophe.
New York devient un parcours fléché de la rechute.
La ville ne croit pas à la conversion de Carlito. Elle l’a classé une fois pour toutes. Elle sait mieux que lui qui il est. Dans un autre registre, The Apprentice montrait déjà New York comme une machine à fabriquer des monstres, des réputations et des costumes trop grands.
Ici, la ville fabrique surtout un piège.
Carlito avance dedans avec une élégance presque absurde. Il ne cherche pas la bagarre. Il essaye même de l’éviter. Mais dans Carlito’s Way, éviter la violence revient à marcher sur une autoroute en espérant que les voitures soient compréhensives.
Elles ne le sont pas.

Al Pacino, presque super-héros portoricain
Al Pacino joue Carlito comme un homme qui a déjà vu la fin du film avant tout le monde.
Il reste calme. Trop calme. Il garde la même densité dans les clubs, les rues, les embrouilles, les règlements de compte et les coups de chaud. Il traverse des endroits où n’importe quel humain normal commencerait à transpirer dans sa chemise.
Lui reste de marbre.
Presque un super-héros.
Mais un super-héros qui aurait compris que sa cape est restée coincée dans les années 70.
Pacino joue très bien cette fatigue. Il ne joue pas seulement l’ancien gangster. Il joue un homme qui voudrait sortir de sa propre légende. Le cinéma a souvent envie de coller des étiquettes de film culte partout, surtout quand Al Pacino apparaît. J’en parlais déjà avec Raging Bull et cette volonté de voir des films cultes partout.
Ici, le culte tient moins à la pose qu’à la mélancolie.
Carlito sait qu’il a changé.
Le monde, lui, ne veut pas le croire.

Gail, ou la sortie de secours qui danse encore
Il y a aussi Gail.
Elle n’est pas seulement la femme à retrouver, elle représente la vie possible, celle qui ne sentirait plus la poudre, le cuir humide, les clubs fermés et les mauvaises dettes. Elle porte le rêve normal de Carlito, mais sans le rendre mièvre.
Le film ne transforme pas cette histoire d’amour en pause sentimentale.
Elle reste fragile, arrive tard, avance dans un monde qui refuse la fragilité. Carlito veut partir avec elle, mais il transporte trop de fantômes dans ses poches.
La scène du café garde cette douceur un peu triste.
On sent la sortie, on voit presque les Bahamas. On pourrait y croire.
C’est toujours mauvais signe chez De Palma.

Ça défouraille, mais ce n’est pas les Télétubbies
Le film défouraille, sans trop trop de violence.
On s’entend, ce n’est pas les Télétubbies non plus.
Mais L’Impasse appartient à une époque où la violence pouvait encore garder une forme de poids. Elle n’arrivait pas toutes les trois minutes pour réveiller le spectateur. Elle sortait d’une situation, d’un piège, d’un regard trop long ou d’une mauvaise décision.
Aujourd’hui, beaucoup de films veulent prouver leur intensité en cognant fort et vite. Bac Nord montrait une autre violence, plus récente, plus nerveuse, plus sèche. De Palma joue une autre musique.
Il laisse le piège se refermer.
Il laisse la tension devenir presque physique.
Puis il frappe.

Les années 90 font le reste
Finalement, on adhère.
Le film reste très ancré dans les années 90. Il y a toujours une petite nostalgie à revoir cette période. Les vêtements, les clubs, les coupes, les éclairages, les téléphones, les gueules et cette manière de filmer les truands comme s’ils avaient encore une mythologie à défendre.
Sur le papier, Carlito’s Way n’est pas un petit film. Il dure 144 minutes. Pourtant, il donne l’impression d’avancer vers un piège connu sans rendre la marche inutile.
On sait que cela va mal finir.
Carlito le sait peut-être aussi.
Mais le plaisir se trouve dans le trajet. On regarde un homme essayer de faire autrement, sa légende revenir derrière lui, le passé courir plus vite que l’avenir.

De Palma filme un homme coincé dans son propre film
Brian De Palma sait filmer ce genre de destin.
Il aime les mouvements, les couloirs, les espaces qui deviennent des pièges et les regards qui arrivent trop tard. Il aime les gares, les sorties, les angles morts et les scènes où un homme croit encore pouvoir choisir alors que le film a déjà décidé pour lui.
Carlito’s Way a quelque chose de plus mélancolique que beaucoup de films de gangsters.
Ce n’est pas seulement l’histoire d’un homme poursuivi par ses ennemis. C’est l’histoire d’un homme poursuivi par sa réputation. Carlito a survécu à la prison, à la rue et au crime. Il ne survit pas à l’image que le monde garde de lui.
Le film devient presque moral, sans faire la morale.
Il suffit de regarder Carlito essayer de bien faire, puis de regarder les autres l’empêcher.
Le plus dur, dans le fond, ce n’est pas de quitter le crime. C’est de convaincre le crime que vous êtes parti.
Le gangster qui voulait sortir du film
Carlito’s Way fonctionne parce que Carlito veut sortir du film dans lequel il est coincé.
Il voudrait une autre histoire, avec une femme, des voitures de location, du soleil, une comptabilité tranquille, des clients en chemisette et des journées sans coups de feu.
Cette histoire serait moins intéressante pour nous.
Elle serait beaucoup plus vivable pour lui.
Le problème, c’est que De Palma ne filme pas les reconversions réussies. Il filme les sorties bouchées, les promesses qui se referment et les hommes qui comprennent trop tard que le passé n’est pas derrière eux.
Il est seulement un peu plus lent.
Carlito a changé. New York, non.
Et c’est souvent ainsi que les tragédies commencent : un homme veut devenir meilleur dans un décor qui a besoin qu’il reste mauvais.
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Informations techniques
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre français | L’Impasse |
| Titre original | Carlito’s Way |
| Réalisation | Brian De Palma |
| Scénario | David Koepp |
| D’après | Les romans de Judge Edwin Torres |
| Année | 1993 |
| Durée | 144 minutes |
| Pays | États-Unis |
| Genre | Film de gangsters, thriller, drame criminel |
| Acteurs principaux | Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller, John Leguizamo, Luis Guzmán, Viggo Mortensen |
| Personnage principal | Carlito Brigante |
| Fiche TMDb | Carlito’s Way sur The Movie Database |
| Fiche Wikipédia | L’Impasse sur Wikipédia |
| Extrait vidéo | YouTube | Trailer YouTube |
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