Bonne Conduite film avis : je m’attendais à un enchaînement de blagues façon Palmashow. Dix minutes de sérieux pour poser une trame, presque un scénario, puis l’enfilage de vannes, de gueules, de situations absurdes et de personnages très contents d’être là.

Avec David Marsais, Grégoire Ludig et Sixtine Aupetit dans les parages, on s’attend forcément à cette mécanique. On a toujours l’impression que c’est moderne, mais cela existe depuis des années. Le Palmashow a déjà installé sa petite boutique dans l’humour français : des personnages, des ruptures de ton, des types trop sûrs d’eux, et cette manière de pousser une situation idiote jusqu’à ce qu’elle devienne presque logique.
Bonne Conduite part ailleurs. Pas complètement ailleurs, mais ailleurs quand même.
On a un mélange de trucs : du polar, de la comédie noire, une enquête, une femme bloquée dans son passé, des stages de récupération de points, des chauffards, deux policiers qui se regardent penser, et par-dessus tout cela un parfum de série France 3 en Bretagne. Pas loin de Capitaine Marleau, mais avec moins de chapeau et plus de pare-chocs.
Bande-annonce de Bonne Conduite
Une tueuse de chauffards, forcément cela réveille
Le point de départ est franchement bon.
Une femme n’arrive pas à faire le deuil. Cela fait très psy de dire cela, alors disons les choses autrement : elle reste complètement bloquée dans son passé après la mort de son compagnon dans un accident de voiture. Elle délire la petite, suffisamment pour voir la pancarte « ceci est une comédie ».
Depuis, Pauline a trouvé une méthode.
Elle anime des stages de récupération de points. C’est très pratique. On a rarement inventé meilleur vivier pour identifier les bourrins indécrottables de la route. Les types qui doublent dans les virages, collent au pare-chocs, insultent les cyclistes, grillent les priorités et pensent que le clignotant est une option payante.
Quoi de mieux qu’un stage obligatoire pour les repérer ?
La vengeance devient presque administrative. Elle n’a plus besoin de chercher les coupables. Ils viennent à elle, remplissent une feuille de présence, râlent pendant la pause café et expliquent qu’ils conduisent très bien. Magnifique service public.

Le Palmashow n’a pas totalement le volant
C’est là que Bonne Conduite surprend un peu.
Je pensais voir un film Palmashow déguisé en polar. En réalité, le film de Jonathan Barré garde David Marsais et Grégoire Ludig, mais il ne leur donne pas totalement le volant. Il les installe dans l’enquête, les laisse faire leurs numéros, puis les encadre dans une histoire plus noire que prévu.
Ce n’est pas la barre de rire toutes les quatre minutes. Cela peut décevoir si l’on vient uniquement chercher le sketch long format. Le film n’a pas ce côté mitraillette comique où chaque scène doit produire une blague, une grimace ou un gag de dialogue.
Il cherche autre chose. Il tente de mélanger la comédie, le polar provincial, la vengeance personnelle et le petit théâtre des conducteurs dangereux. Le résultat n’est pas toujours homogène, mais cela se laisse voir.
Et c’est déjà plus que beaucoup de films qui se croient drôles parce qu’un acteur crie dans une voiture.

Bretagne, polar régional et C15 de compétition
Bonne Conduite a aussi ce charme étrange des polars régionaux.
Il y a la Bretagne, la route, les paysages, les commissariats, les petites salles de réunion, et cette impression que le crime s’est installé entre deux stages de sensibilisation routière. On n’est pas dans un thriller urbain, pas non plus dans une comédie pure. On est dans une zone intermédiaire, un peu humide, un peu absurde, un peu France Télévisions du samedi soir avec des envies de dérapage contrôlé.
C’est parfois sa limite.
Le film hésite entre plusieurs directions. Il veut être noir, mais pas trop. Drôle, mais pas tout le temps. Policier, mais sans se prendre totalement au sérieux. Social, mais de loin. Psychologique, mais sans s’allonger trop longtemps sur le divan.
Cette hésitation peut fatiguer. Elle peut aussi donner au film son petit charme de véhicule hybride. Pas électrique, pas diesel, pas vraiment homologué, mais capable de rouler jusqu’au bout.
Ici, c’est la Bretagne. Pour une autre tentative régionale, en beaucoup moins recommandable, il y avait la Réunion version Sentinelle. Là-bas, il valait surtout mieux garder ses distances et son billet de retour.

Laure Calamy garde les mains sur le volant
Laure Calamy tient évidemment beaucoup le film.
Elle a ce talent rare pour jouer des personnages qui pourraient devenir insupportables et les rendre regardables. Pauline tue des chauffards, ce qui n’est pas exactement un geste citoyen recommandé par la Sécurité routière. Pourtant, le film nous place assez vite dans une position inconfortable : on comprend sa colère. On ne valide pas, mais on comprend. C’est toute la différence. Cela reste une comédie, il ne faut pas y voir un truc trop sérieux.
Le film s’amuse avec cette tentation très mauvaise : combien de conducteurs avons-nous déjà rêvé de voir disparaître après une queue de poisson, un dépassement imbécile ou un refus de priorité ? Bonne Conduite transforme cette pensée honteuse en programme criminel.
C’est excessif, mais pas complètement sorti de nulle part.
Le bitume rend fou beaucoup de monde. Pauline, elle, a simplement décidé de faire carrière dans la folie routière.

Deux inspecteurs, deux idiots, une mise en abyme
L’enquête arrive avec les deux inspecteurs, alias Palmashow men.
L’un joue l’idiot sans vraiment l’être. L’autre joue le malin en étant probablement plus idiot qu’il ne le pense.
David Marsais et Grégoire Ludig fonctionnent bien dans cette zone. Ils peuvent avoir l’air compétents pendant trois secondes, puis tout saboter avec une réflexion, un regard ou une manière beaucoup trop assurée de ne pas comprendre la situation. Le duo garde cette capacité à rendre le sérieux un peu suspect.
L’enquête avance donc avec un sérieux troué.
Cela permet au film de respirer. Sans eux, Bonne Conduite serait sans doute plus noir, mais aussi plus banal. Avec eux, le polar prend parfois l’air d’un sketch qui aurait décidé de mettre une veste de fonctionnaire.
Ce n’est pas toujours hilarant, mais c’est souvent sympathique. On est dans un flic absurde, mais pas totalement lancé dans le vide. Le film reste pas complètement barré, et c’est peut-être ce qui le retient autant que ce qui le sauve.

Olivier Marchal, détour par le polar sérieux
Olivier Marchal passe dans le film, et sa présence déplace forcément un peu le regard.
Il apporte avec lui un autre imaginaire : celui du polar français plus dur, plus sérieux, plus mâchoire serrée. On pense vite à Bronx, qu’il a réalisé, avec ses flics fatigués et son goût pour les zones grises. Bonne Conduite n’est évidemment pas dans cette famille-là, mais le clin d’œil fonctionne.
Le film joue sur ce contraste. D’un côté, les chauffards, les stages de points et les inspecteurs façon Palmashow. De l’autre, un parfum de polar plus classique, presque trop sérieux pour ce décor de permis massacré.
Cela ne rend pas le film plus profond. Cela lui donne seulement un peu plus d’épaisseur.
Et parfois, c’est suffisant.
Les chauffards, cette grande famille française
Le film a une bonne idée sociologique, même s’il ne la pousse pas toujours très loin.
Le stage de récupération de points permet de réunir tout le monde. Le cadre pressé, le beauf routier, le conducteur persuadé d’être une victime de l’État, le type de mauvaise foi, l’inconscient chronique, l’égoïste ordinaire. Sur la route, la France entière se retrouve enfin d’accord pour ne pas se supporter.
C’est un très bon décor de comédie.
On y entend des excuses minables, des justifications lunaires et des certitudes dangereuses. Personne n’est responsable. Tout le monde conduit mieux que les autres. Les radars sont injustes, les limitations absurdes, les piétons imprudents, les vélos gênants, les autres conducteurs débiles.
Bref, la route française comme confessionnal de mauvaise foi.
Bonne Conduite aurait peut-être pu aller plus loin là-dessus. Le film tient un vrai sujet : la voiture comme espace de violence banale, de toute-puissance et de stupidité quotidienne. Il l’effleure, puis revient vite au polar et à la comédie.
Dommage, mais l’idée reste bonne.

Une comédie noire qui ne veut pas trop noircir
Bonne Conduite n’est pas une grande comédie noire.
Elle n’est pas non plus une mauvaise surprise.
Elle roule entre les voies, parfois un peu au milieu, sans toujours choisir clairement sa direction. On sent le film capable d’être plus méchant, plus drôle, plus absurde ou plus sec. Il garde pourtant une forme de prudence. Comme si le sujet lui-même l’amusait, mais qu’il ne voulait pas trop salir le pare-brise.
Cela donne un film moins drôle que prévu, mais plus construit qu’un simple prétexte à sketchs.
On ne rit pas toutes les quatre minutes, on sourit souvent, et on regarde sans souffrir.
Ce n’est pas une déclaration d’amour, mais ce n’est pas une sortie de route non plus.

Bonne Conduite garde le permis
Bonne Conduite vaut surtout pour son idée de départ, Laure Calamy en justicière routière, et le duo Marsais-Ludig en policiers à double fond comique.
Le film aurait pu être plus violent, plus absurde, plus franchement Palmashow, ou au contraire plus noir. Il préfère rester dans une zone moyenne, entre polar régional, comédie française et petit règlement de comptes avec les dangers publics du volant.
Pour changer complètement d’ambiance, on peut aller voir un flic sérieux. Ici, on reste dans le scenario complexe avec plot twist.
Ce n’est pas la barre de rire annoncée. Ce n’est pas non plus l’accident industriel.
Disons que le film garde le permis, avec quelques points en moins.
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Informations techniques
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre | Bonne Conduite |
| Réalisation | Jonathan Barré |
| Année | 2023 |
| Genre | Comédie noire, polar |
| Avec | Laure Calamy, David Marsais, Grégoire Ludig, Tchéky Karyo, Thomas VDB, Sixtine Aupetit, Olivier Marchal |
| Lien externe | The Movie Database |
| Dossier de presse | Dossier de presse Unifrance |

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