Parfois il faut ouvrir les yeux. Parfois il faut s’excuser. Le Bus, documentaire Netflix, provoque les deux en même temps. Le film revient sur un des épisodes les plus marquants du foot français : la grève des joueurs de 2010, à Knysna.
De l’extérieur, on n’a vu que les conséquences, le deuxième acte. Personne n’a jamais vraiment su comment on en était arrivé là. Netflix fait la lumière. Merci pour ça, même si on peut légitimement se demander pourquoi un tel reportage sort à ce moment précis, et pour qui.
Une chose est sûre : l’honneur des joueurs en sort rétabli. Ceux qu’on avait qualifiés de milliardaires en grève, de racailles, d’enfants gâtés, ne sont finalement rien de tout ça. Des mecs normaux. Des mecs bien, même. Ils ont vieilli, cela aide sûrement à les regarder autrement.

Un vestiaire sans boussole
Revenons deux secondes sur les détails. L’équipe de France joue mal. Elle est constipée, rien ne sort, pas de jeu fluide. Un coach qui n’a pas de stratégie, contrairement à d’autres qui ont fait de la donnée une arme, parle astrologie et esquive les journalistes sans jamais poser de plan clair.

Ça patauge. Pourtant, quand on connaît le talent des joueurs présents, et le fait qu’une Coupe du monde reste l’aboutissement d’une vie sportive entière, on a du mal à comprendre pourquoi le premier match ne donne rien. La frustration est palpable, dans le jeu comme dans le vestiaire. L’absence de discours clair de l’entraîneur, l’absence de stratégie, tout ça finit par déboucher sur des tensions et un échange verbal tendu. C’est précisément là que commence la vraie déconnade.

Une Une, et quinze ans de malentendu

Le sismographe se branche alors sur du 380 volts. Des journalistes à sensation, qui travaillent pour un journal sans concurrent direct sur le sujet, rapportent des propos déformés. Sans vérifier. Sans se demander si c’était vrai. L’insulte publiée en Une, sans la moindre précaution, déclenche l’outrage général. Tout le monde attendait l’événement comme on attendait les JO, et tout le monde a eu son scandale.

Quinze ans plus tard, Domenech dément face caméra, et confirme que cette version des faits était fausse. Devant l’écran, on est dégoûté. Pourquoi tout ça ? La FFF s’agite, la présidence de la République s’en mêle, les matchs sont désertés. Anelka est viré. Tout le monde s’est emballé pour rien.
Des joueurs en colère, oui, mais ce qu’on a appelé une grève n’était finalement rien d’autre qu’une rébellion justifiée. Quel gâchis. L’équipe de 2006 était bonne. Celle de 2014 pas si mauvaise. Celle de 2018, championne du monde. Il n’y a jamais eu de trou noir de compétence en 2010, d’autant que les joueurs pointés du doigt cette année-là excellaient individuellement dans leurs championnats respectifs.

Où étais-je, moi, à l’époque

Bien au milieu de tous les braillards. Insultant les joueurs copieusement, sans jamais me demander si tout ça avait vraiment existé comme on me le racontait. Or la morale de cette histoire tient en une phrase : remettre en cause ses certitudes, et celles de ceux qui nous les présentent comme telles. Ce n’est pas simple, vu le nombre d’informations qui se bousculent chaque jour. Ce n’est pas simple non plus quand on n’a ni l’expérience ni les outils d’un journaliste de l’AFP. Reste un sentiment, en plus du gâchis de l’époque : la honte d’avoir été un imbécile, et la peine pour tout ce qu’on a contribué à faire vivre et endurer aux joueurs.

Très loin de l’énergie positive qu’on associe d’habitude au sport collectif, cette histoire-là ne raconte que fracture et incompréhension. J’ai vu ce documentaire quelques semaines avant la Coupe du monde 2026, où l’équipe de France a livré une de ses meilleures versions d’elle-même. Les joueurs se sont aimés, et ont aimé le football. Ce contraste reste dans ma tête. Impossible qu’il en ait été autrement à l’époque, même si l’équipe de 2010 n’a pas eu la même réussite sportive. On ne peut pas reprocher à un joueur de ne pas aimer le foot, sauf à commettre une énorme méprise.
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| Le Bus | |
|---|---|
| Titre français | Le Bus |
| Titre original | The Bus: A French Football Mutiny |
| Réalisateurs | Christophe Astruc, Jérôme Fritel |
| Avec | Raymond Domenech, Patrice Evra, William Gallas, Bacary Sagna, Franck Ribéry |
| Genre | Documentaire sportif |
| Durée | 1h20 |
| Pays | France |
| Date de sortie | 13 mai 2026 (Netflix) |
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