Il y a deux mille ans, c’était le Colisée. Aujourd’hui, c’est un stade climatisé avec pause fraîcheur. Le principe n’a pas tant changé : rassembler les foules autour d’un spectacle, avec ses arbitres, ses puissants dans les tribunes, et son idée du mérite qui ne doit jamais rien au hasard. Cette année, un épisode résume tout à lui seul : un carton rouge attribué à Balogun, et Trump qui obtient son annulation en quelques heures. On y revient plus bas, ça vaut le détour.
Parce que le foot n’est plus un sport comme les autres. Il est devenu un élément de réunion, de réunion et de confrontation des nations. Il mérite bien qu’on lui consacre quelques lignes.
La Coupe du monde a eu lieu cette année, avec encore plus de pays que jamais. Merci pour ça. J’ai adoré voir Curaçao, leur bonne humeur, leur sourire même menés au score. Une leçon de relativisme, venue d’une île de 150 000 habitants qui n’avait jamais mis les pieds dans la compétition. On retrouve parfois ce supplément d’âme du côté du rugby, un autre sport qui sait encore faire vibrer sans se prendre les pieds dans le tapis.
J’ai adoré voir des Japonais ne jamais se rendre, un exemple de courage et d’abnégation. J’ai adoré voir des équipes qualifiées de petites finalement aller loin. L’Égypte, le Maroc, ou encore le Sénégal, dont la majorité des joueurs évoluent en Europe au plus haut niveau. Ce n’est plus un sport où, à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. Désormais les nations sont le reflet du lieu où évoluent leurs joueurs. Les États-Unis impressionnent avec 17 joueurs qui jouent en Europe. Une équipe du Sénégal où la majeure partie des joueurs sont nés en France. Le Japon qui n’a qu’un seul joueur évoluant encore au Japon.
Un état au-dessus des autres
Du grand spectacle, et des retombées financières pour la FIFA, devenue un état. Là commence ma critique.
Des pauses fraîcheur imposées même dans des stades climatisés, je m’en fous, mais on en a parlé. Une VAR qui était la révolution il y a quelques éditions, mais qui reste insuffisamment utilisée. Des arbitrages brillantissimes, et d’autres qui laissent à désirer. J’ai été gavé d’histoires, il y a quelques années, où on se demandait si le ballon avait franchi ou tapé la ligne. Ces histoires-là appartiennent au passé, la technologie fait vibrer les bracelets des arbitres. Et c’est très bien ainsi. Des hors-jeux sifflés au quart de millième de seconde grâce à une caméra laser qui détecterait un simple pli de maillot qui dépasse.
C’est certain que les arbitres de ligne sont eux aussi surveillés par la tech, désormais. Impossible, humainement, de voir constamment les choses sans assistance. Ne restait que la VAR, activée de manière discrétionnaire et dans la plus grande des opacités. Parfois rien n’est sifflé, voir les innombrables fautes du Paraguay face à la France. À d’autres moments, on siffle des choses franchement limites.
Le match le plus caractéristique
Le plus caractéristique reste le match de l’Égypte face à l’Argentine. Un but refusé sans grande raison, alors qu’aujourd’hui l’intelligence artificielle pourrait seconder la VAR et les deux arbitres vidéo, pour plus de justesse et de justice. Ce genre d’histoire, où la vérité met des années à sortir, on la connaît déjà sur ce blog.
Comme je le disais, le foot n’est plus un sport comme les autres. On ne peut pas demander à un arbitre qui court plus qu’un milieu de terrain pendant tout un match d’être infaillible. C’est un homme, ou une femme, comme les autres. Parfois l’IA peut analyser les mouvements encore mieux qu’un regard humain penché sur une caméra au ralenti. D’autant que des joueurs qui ont chacun entre 20 et 35 ans de métier sont passés maîtres, défenseurs comme attaquants, dans le body language truqué. Demain, l’IA va générer encore plus de vidéos qu’aujourd’hui. C’est bien la démonstration qu’elle sait déjà très bien comprendre les comportements et les mouvements des joueurs.
À qui profite le crime ? Pas vraiment à l’Argentine, qui n’y était presque pour rien. La FIFA, elle, était persuadée que si Messi allait au bout, les retombées financières seraient meilleures pour elle. Rétrospectivement, c’est raté : l’Argentine a perdu la finale.
Trump, Balogun et le carton rouge annulé
C’est bien dommage, d’autant qu’à ce petit jeu du tordage de bras, la FIFA a trouvé plus fort qu’elle. Sport et politique réussissent parfois très bien ensemble, mais ce n’est clairement pas le cas ici. Trump joue dans une autre dimension. À sa manière, ou plutôt à la manière de Roy Cohn, mort il y a 40 ans, Trump a envoyé une batterie d’avocats pour faire annuler un carton rouge attribué à Balogun, l’attaquant des États-Unis. La FIFA s’est exécutée en quelques heures, et son patron s’est écrasé aussi vite qu’un escargot sous un trente tonnes.
On a désormais toute la technologie pour avoir le vrai foot de demain. Mais on est encore un peu dans le foot à papa. Pas autant qu’avant. Mais toujours un peu. Reste, pour ceux que tout ça fatigue, le sport version saine, sans VAR ni avocats.
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