18 août 2026
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Fragile Beauté : la collection photo d’Elton John s’expose au Jeu de Paume

Marilyn Monroe sur le tournage des Désaxés dans le désert du Nevada, photographie présentée dans l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume

Vous l’attendiez, le nouveau Le Wrap-Up est enfin là ! La newsletter de Christian Riedi est composée de 5 points d’actualité. Chaque semaine, il aborde les domaines de la technologie, de l’IA, de la culture et des sorties à Paris. Cette semaine, nous allons parler de Fragile Beauté, l’exposition consacrée à la collection photographique personnelle de Sir Elton John et de David Furnish, présentée au Jeu de Paume.

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Fragile Beauté, un parcours à travers 75 ans de photographie

Fragile Beauté, présentée au Jeu de Paume jusqu’au 27 septembre, réunit près de 300 photographies issues de la collection personnelle d’Elton John et de David Furnish.

Puisées dans un ensemble de plus de 7 000 œuvres constitué depuis 1991, elles proposent un parcours à travers soixante-quinze ans de photographie, organisé en cinq thèmes : mode, célébrités, désir, fragile beauté et photojournalisme. Adaptée de l’exposition présentée l’an dernier au Victoria and Albert Museum de Londres, elle offre une occasion rare de découvrir l’une des plus importantes collections privées de photographie au monde.

Mannequin flottant dans une bulle transparente au-dessus de New York, photographie de mode de Melvin Sokolsky illustrant le thème mode de l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume
Le volet mode du parcours, ici incarné par l’esprit onirique du travail de Melvin Sokolsky pour Harper’s Bazaar — l’un des cinq axes thématiques de l’exposition.

Une collection qui réunit les plus grandes signatures de la photographie

Tout d’abord, impossible de contester la qualité des œuvres : la collection rassemble une concentration exceptionnelle de chefs-d’œuvre de la photographie des soixante-dix dernières années. Irving Penn, Richard Avedon, Diane Arbus, Helmut Newton, Robert Mapplethorpe, Nan Goldin, Wolfgang Tillmans… Peu d’expositions offrent une telle densité de signatures majeures. Un an après l’exposition Tina Barney et ses portraits de la haute société américaine, le Jeu de Paume confirme sa place de référence parisienne pour la photographie.

Le thème photojournalisme, à lui seul, illustre bien l’étendue chronologique du parcours : des luttes civiques des années 1960 aux grands reportages contemporains.

Militantes du Black Panther Party poing levé, photographie de photojournalisme de Pirkle Jones illustrant le thème photojournalisme de l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume
Pirkle Jones, figure du photojournalisme documentaire, a notamment couvert les mobilisations du Black Panther Party à la fin des années 1960.
Incendie ravageant des palmiers de nuit en Californie, photographie de photojournalisme contemporain illustrant le thème photojournalisme de l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume
Jusqu’aux grands incendies qui ont récemment frappé la Californie : le photojournalisme contemporain prolonge cette tradition de témoignage visuel.

Une collection plus qu’une exposition à thèse

Ce qui frappe en revanche, c’est que l’on visite moins une exposition à thèse qu’une collection privée.

Le fil conducteur, « Fragile Beauté », existe (un peu facile aussi), mais il demeure suffisamment large pour accueillir des œuvres très différentes. On passe de la photographie de mode au reportage. Du portrait de célébrité à l’intime. Parfois avec le sentiment que le goût des collectionneurs éclectiques prend le pas sur un véritable récit muséal.

Homme accoudé à une fenêtre face à la mer à Brighton en 1979, photographie intimiste illustrant le thème de l'intime dans l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume
Entre reportage et intime. L’exposition laisse aussi une large place à des images plus silencieuses, à mille lieues du strass des portraits de célébrités.

L’émancipation homosexuelle, le fil le plus personnel de la collection

Certains choix révèlent cependant une sensibilité très affirmée.

D’abord, la photographie liée à l’histoire de l’émancipation homosexuelle y occupe une place centrale. Robert Mapplethorpe, Nan Goldin et d’autres dessinent presque une histoire visuelle de la visibilité gay. Le corps devient simultanément objet esthétique, revendication politique et espace de vulnérabilité. Ce n’est pas un biais caché : c’est sans doute l’un des fils les plus personnels de cette collection. Le corps comme sujet à la fois esthétique et politique. C’est aussi ce qu’interrogeait, par d’autres médiums, l’exposition « Corps à Corps » au Centre Pompidou.

Homme en équilibre sur les mains sur la plage de Fire Island Pines, photographie de Tom Bianchi illustrant le thème de l'émancipation homosexuelle dans l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume
Les polaroïds de Tom Bianchi, pris à Fire Island Pines entre 1975 et 1983. La liberté d’une communauté gay américaine — l’un des fils les plus personnels de la collection.

La fascination pour les icônes, ou l’instant où la star vacille

Autre constante : la fascination pour les icônes. Les portraits de célébrités sont omniprésents. Marilyn Monroe apparaît jusque dans les images bouleversantes de Bert Stern réalisées quelques semaines avant sa mort.

Chet Baker, Doris Day et d’autres figures du XXe siècle composent une galerie. Les collectionneurs semblent moins rechercher la célébrité que le moment où celle-ci se fissure. Cette manière de regarder la célébrité à rebours de son image publique n’est pas sans rappeler l’exposition Henry Taylor au Musée Picasso, où le portrait déplaçait déjà le regard porté sur son sujet.

Chet Baker jouant de la trompette en noir et blanc, portrait de célébrité présenté dans l'exposition Fragile Beauté au Jeu de Paume
Chet Baker, l’un des visages du XXe siècle que la collection d’Elton John et David Furnish met en lumière.

Notre avis : le regard d’un collectionneur plus qu’une histoire de la photographie

C’est probablement là que réside l’intérêt principal de l’exposition. Elle ne raconte pas tant l’histoire de la photographie. C’est le regard d’Elton John et de son mari David Furnish. Ils collectionnent moins des œuvres que des émotions ou des sensibilités à fleur de peau.

On peut lui reprocher un certain manque de cohérence, mais ce serait presque passer à côté de son véritable sujet.

Fragile Beauté montre finalement ce que produit une vie entière de collection lorsqu’elle est guidée par une curiosité sincère… et par les moyens financiers de ne jamais avoir à choisir entre les œuvres.

On en ressort avec une impression paradoxale : moins celle d’avoir découvert une vision de la photographie que d’avoir parcouru le salon idéal d’un collectionneur dont le goût, lui, est rarement pris en défaut.

Pour un avant-goût en images avant la visite, voici la vidéo de présentation de l’exposition :

Infos pratiques

Fragile Beauté — Photographies de la collection de Sir Elton John et David Furnish

📍 Jeu de Paume, 1 Place de la Concorde, 75008 Paris

🗓️ Jusqu’au 27 septembre 2026

🎟️ Informations et réservations sur le site officiel du Jeu de Paume

 

Christian

Auteur de Wrap Up, une newsletter hebdomadaire qui déniche 5 actualités média, tech ou IA toutes les semaines avec généralement une recommandation de sortie culturelle (plutôt parisienne) à la fin.

Rédacteurs

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