Douze minutes. C’est le temps qu’il vous faudra pour vous rendre compte que votre système lacrimal fonctionne correctement. Pas de préambule, pas de montée en puissance, pas de violons qui préviennent. Will McCormack et Michael Govier vont directement à l’essentiel. Et l’essentiel, ici, ce sont de grosses larmes.
Un film d’animation, pas un dessin animé
Précision de vocabulaire, parce que ça compte. On ne dit plus « dessin animé » quand c’est sérieux, quand c’est pour adultes, quand ça vous prend aux tripes sans demander la permission. On dit « film d’animation ». Et celui-ci mérite amplement la distinction. Le trait est minimaliste, presque griffonné, noir et blanc avec des éclats de couleur qui surgissent aux moments justes. C’est du dessin comme on écrirait un haïku : chaque ligne est là parce qu’elle doit y être, pas une de plus. On pense à Simone Veil l’Immortelle, cette BD en noir et blanc qui racontait aussi l’insoutenable avec un trait dépouillé — sauf qu’ici, c’est encore plus radical : douze minutes, pas un mot, et le coup de poing arrive quand même.
Le silence comme seul dialogue
C’est un film muet. Pas muet par économie de budget ou par effet de style gratuit. Muet parce que ces deux parents n’ont plus rien à se dire. Ils s’évitent dans un silence assourdissant, celui qui s’installe quand la douleur est trop grosse pour les mots. Et c’est là que le film est intelligent : il y a des silences légers et des silences lourds. Cela dépend de ce qu’on pense que l’autre pense. Ce n’est pas la même chose de se taire à table parce qu’on n’a rien à raconter et de se taire à table parce qu’on pense exactement à la même chose que l’autre sans pouvoir le formuler.
Le fantôme qui orchestre tout
Pour mettre en scène ce deuil impossible, les réalisateurs ont trouvé une idée simple et dévastatrice : le fantôme de leur fille. Victime d’une tuerie de masse dans une école — le grand traumatisme américain, celui qui revient tous les six mois dans les journaux et qui ne change jamais rien. La vie, l’amour, la joie sont partis avec elle. Il reste le vide. Et le dessin minimaliste l’illustre mieux qu’un long métrage en prises de vue réelles ne le pourrait jamais, parce qu’il ne montre que l’essentiel : deux silhouettes qui se cherchent sans se trouver, et une troisième qui n’est plus là.
L’affection de ces deux parents, ce qui en reste, est décharnée et atrophiée. Comme des tomates séchées. Vous voyez ce que je veux dire : on devine ce que c’était avant, on reconnaît la forme, mais la substance a été aspirée par le soleil — ou par le chagrin, selon les cas. Quand on a vu La sagesse de la pieuvre sur Netflix, on avait déjà senti cette capacité qu’a la plateforme à vous cueillir avec des formats courts et sincères. Mais là, c’est un cran au-dessus.

Notre avis : le court métrage qui vous fera taire les cyniques
If Anything Happens I Love You a eu l’Oscar du meilleur court métrage d’animation en 2021. Pour une fois, la statuette est allée au bon endroit. Parce que ce film fait en 12 minutes ce que beaucoup de longs métrages n’arrivent pas à faire en deux heures : vous laisser muet. Pas muet comme les personnages, non. Muet comme quelqu’un qui vient de comprendre quelque chose qu’il savait déjà mais qu’il avait mis de côté.
Si vous avez Netflix et 12 minutes devant vous, ne lisez rien d’autre, ne regardez pas la bande-annonce, ne cherchez pas de quoi ça parle. Lancez-le. Le titre du film, c’est le dernier texto d’une gamine à ses parents. Vous comprendrez le reste tout seul.
Pour les infos factuelles sur la production, direction la fiche Wikipédia du film.
| Titre original | If Anything Happens I Love You |
| Date de sortie | 20 novembre 2020 |
| Réalisateurs | Will McCormack et Michael Govier |
| Durée | 12 minutes |
| Genre | Court métrage d’animation |
| Disponible sur | Netflix |
| Récompense | Oscar du meilleur court métrage d’animation (2021) |
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