C’est un film du moment, avec l’acteur du moment, Pierre Niney, pour ne pas dire acteur de sa génération. Il faudra attendre encore quelques années pour que cela le devienne et qu’on l’appelle ainsi. Goliath, c’est aussi le film du moment où on a l’impression de voir le JT, où tous les thèmes lourds se succèdent sans ordre ni priorité : scandale industriel, cancer et mort silencieuse de personnes jeunes, suicide d’agriculteur, en l’occurrence agricultrice. David, dans le film il s’appelle Patrick, va devoir lutter fort contre Goliath et c’est perdu d’avance.
Au cœur de nos régions
Une région comme il en existe partout en France et même ailleurs, des gens bien et modestes, sans que le film ne nous fasse trop de pathos sur le sujet. Et puis, ce bonheur simple est brisé par des cancers prématurés et anormaux. Les cancers sont rarement normaux, j’en conviens. Les petits meurent quand les gros s’engraissent, c’est la loi des chimiquiers.
L’intérêt du film est qu’il y a des rôles pour chacune des parties. Une volonté de description méthodique des agissements. Gilles Lellouche, dans le rôle de David, celui de l’avocat des petits et des malades dans le premier sens du terme. Lui-même torturé et seul homme de l’establishment à défendre les « vrais gens » comme on dit. Face à lui, non pas le mal dans une boîte noire, pas du tout, le mal à la parole et c’est haut de gamme dans le genre.
Goliath sévit
Le défenseur de Goliath, l’avocat du diable, c’est Pierre Niney dans le rôle d’un lobbyiste, toujours à Bruxelles où cela se décide. Un personnage sans aucune conscience. L’homme parfait est une ordure, il excelle avec talent. Un super jeu d’acteur quand à contrario il fait pleurer tout le monde dans Monte-Cristo. Goliath date de 2022 avant Montecristo. Les scènes de gestion de crise se succèdent et alternent avec une scène lunaire où il organise un anniversaire grandiose pour sa belle-fille, dans les très beaux quartiers pendant que d’autres attendent lentement de mourir à la campagne. Il faut de gros fils blancs désormais dans les films.
Pierre Niney est plus que lobbyiste, Goliath en a besoin, il est Spindoctor, conseiller en communication et marketing politique, un terme venu directement des campagnes électorales américaines. Aidé par Laurent Stocker, routard du genre qui va finir par avoir un cas de conscience après plusieurs décennies à pulvériser la morale, la santé publique, les règles au profit de ceux qui le paie et plutôt bien.
Sans jamais être vraiment inquiété
Pour Goliath, qui prend le nom de Phytosanis, toute situation aussi alarmante soit elle est à traiter, sans jeu de mots sur les engrais, avec méthode et efficacité. Le bien commun n’existe pas. Le script donne dans la bouche d’un scientifique, le Monsieur Vérité, une phrase absolument édifiante « ils ont décidé de privatiser la nature ».
Je regrette que dans Goliath, film qu’on pourrait appeler thriller industriel, il n’y a pas de troisième voix. Un mec qui dit qu’il faut qu’on paye notre baguette de pain 2,50 € pour que les agriculteurs vivent dignement avec des rendements moindres. Leur éviter le recours à ces saloperies chimiques. Oui, c’est mon côté relou d’essayer de réfléchir, mais le film nous y pousse un peu. Je vais développer pour la peine car c’est la seule possibilité pour que David batte Goliath, un jour.

Les scientifiques mettent des années à prouver qu’un produit chimique est une saloperie. Au passage, la molécule ancienne mouture, déclarée méga dangereuse en Europe part en Afrique. Il faut rentabiliser les brevets jusqu’à plus soif.
Quand la sanction tombe, les industriels aidés de chimistes talentueux ont déjà une nouvelle formule. Preuve s’il on en avait besoin qu’ils connaissent la dangerosité de leur produit. Nouvelle molécule qui nécessitera alors 15 ans de recherche pour être à son tour déclarée dangereuse car la nouvelle formule rentre bien dans les clous des nouvelles normes du moment. Les nouvelles normes sont préalablement dessinées pour ne pas dire tordues ou torpillées par les lobbyistes. Les moyens sont sans limite pour arriver à cela. Laboratoires et cabinets d’avocats grassement payés.
On peut valoriser le vivant, respecter les gens, faire du profit, peut-être pas de supers profits, sans cela. C’est mon intime conviction.
En attendant, pendant que certains meurent, tous s’empoisonnent parfois même sans le savoir. Goliath s’en fout.

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