[Avis BD] L’Arabe du Futur – Tome 1

L’arabe du Futur est un roman graphique autobiographique d’un enfant de mère bretonne et de père syrien. Le père, universitaire, passionné de politique, convaincu par le panarabisme, n’arrive pas à rapidement percer en France et a l’opportunité d’avoir des postes d’universitaire au Moyen Orient, Libye d’abord, Syrie ensuite, son pays d’origine. On découvre le Moyen Orient des années 70-80 à la fois extrêmement pauvre, formaté par la dictature et dans lequel la famille est aussi centrale que la débrouille. Tout est raconté par les yeux de Riad avec forcément l’analyse premier degré d’un enfant, ce qui le rend très intéressant. C’est drôle et on apprend plein de choses. Sans rien divulgâcher, le passage des maisons sans serrure c’est socio-historique, ou comment le dogme de l’abolition de la propriété devient un stress au quotidien.

On croise aussi la violence, pas celle qu’on imaginerait, la violence d’état dans les dictatures, mais simplement la violence des enfants car le petit Riad est blond mais surtout a un père instruit, épris d’humanité transnationale, alors qu’il sort d’un village, d’une famille ignorante et peu instruite où la tradition remplit le vide de la connaissance et de l’ouverture à autrui. Le succès planétaire de cette bande dessinée vient à mon sens du fait que le ton de l’auteur est extrêmement juste, on est loin des poncifs ou des considérations géopolitiques sur le Moyen-Orient, de la bien pensante de supermarché. C’est une excellente bande dessinées, on croise le chef d’œuvre dans cette série. C’est le cadeau que l’on peut faire à celui qui ne lit jamais de BD et qui croit encore que c’est pour enfant.

Résumé de l’éditeur :

Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs.


Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.


Article précédent

[Avis BD] Un grand bourgogne oublié – Tome 1

Article suivant

Triumph : le britannique apporte un nouveau concept

Les derniers articles du Blog

Photo sur fond coloré du cocktail Negroni avec sa tronche d'orange à l'intérieur du verre

Negroni : la recette parfaite pour ce cocktail ultra-rafraîchissant

Cet été, j’ai croisé le Negroni, un cocktail d’une autre époque, peut-être. Orange sombre, ocre transparent – comme si cette couleur pouvait exister – amer, mais pas envahissant. Capiteux comme un parfum, mais pas étourdissant. Il chante le disco, brille dans les néons. Il a presque encore les pattes d’eph, de
restaurant le 59 rue servan paris 11e

Le 59 rue Servan

Il y a des rues parisiennes qui ressemblent à des couloirs de métro : si on n’y habite pas, on les traverse vite, tête baissée, généralement pour rejoindre une artère. Des rues abandonnées par l’urbanisme où on retrouve toutes les époques ou presque de bâtiments. La rue Servan c’est cela,
renars et les autres internés fabricant des soviet jeans

Soviet jeans

Humour et joie de vivre au milieu de la dictature pas vraiment joyeuse et pas vraiment rigolarde. Cela pourrait être l’essence de cette série lettone originale à l’esthétique parfaite. Je vous plante le décor. Fin des années 70, Riga, capitale d’un tout petit état balte, la Lettonie. Longtemps le plus
affiche film the apprentice

The Apprentice

La genèse d’un titan ou d’un monstre, chacun mettra ce qu’il veut derrière. Les premières années du comment et pourquoi Donald Trump est devenu ce qu’il est. De fils à papa docile et empêtré dans de l’immobilier bas de gamme, celui de papa, à ce qu’on sait. A près de
la ville d'idiocracy

Idiocracy

Il y a des films pour lesquels j’aurais aimé écrire le scénario et les dialogues. Non par vanité mais tout simplement pour les barres de rire qu’ils ont dû avoir à l’écrire. Cerise sur le gâteau, Idiocracy est presqu’un essai (au sens d’un essai de réflexion), sarcastique et peut-être légèrement
couverture simone veil l'immortelle

Simone Veil l’immortelle

Une bande dessinée biographique et monochrome de Simone Veil, qui pour le coup en a vu de toutes les couleurs dans sa vie. Franchement, le début de la bande dessinée est pénible. Le récit commence en 1974 lors du vote de la loi sur l’IVG qui porte le nom de

Rédacteurs

AllerEn haut