Escort Boys : du miel, des mâles et une PME du réconfort

Escort Boys, avis sur la série française entre Camargue, désir féminin, miel et hommes perdus dans leur mode d’emploi.

Ayant vu les premiers épisodes, il est assez facile d’appuyer sur le bouton suivant sans même se poser de grandes questions existentielles. On sait où l’on met les pieds : en Camargue, entre chevaux, ruches, chemises ouvertes, dettes qui collent aux semelles et mâles un peu cabossés qui découvrent, entre deux maladresses, qu’une femme n’est pas uniquement un décor dans lequel on vient ranger son ego.

Escort Boys plante son décor dans une exploitation apicole familiale à sauver. Une fratrie, une sœur plus organisée que tout le monde, des garçons plus beaux que stratégiques, et cette idée lumineuse, ou catastrophique, de transformer le charme local en activité de service. Amazon vend bien des produits pour ménagères de moins de cinquante ans, pourquoi nos héros ne vendraient-ils pas, eux aussi, un peu de réconfort artisanal, circuit court, sans pesticide, livré avec abdos et regard humide ?

Une exploitation apicole, des dettes et des garçons trop beaux pour Excel

Dans la même famille dysfonctionnelle, on pourrait ranger Alphonse, gigolo de père en fils, autre variation française sur le mâle de service, le désir féminin et la tendresse facturée. Sauf qu’ici, l’ambiance sent moins le salon parisien que la botte de foin, le miel et la dette familiale mal digérée.

Le point de départ a quelque chose de presque enfantin : sauver la baraque avec les moyens du bord. Les garçons se retrouvent donc escort boys comme d’autres ouvrent une baraque à frites bio après un burn-out. On bricole le désir, on découvre les clientes, on se prend les pieds dans le tapis du consentement, de la séduction et du malaise social. C’est parfois pataud, parfois drôle, souvent plus tendre que prévu.

Des hommes produits d’appel pour mieux parler des femmes

La série a une idée assez simple, mais pas idiote : faire de ces hommes des produits d’appel pour mieux parler des femmes. Des femmes délaissées, fatiguées, déçues, empêchées, parfois ridicules, parfois bouleversantes, souvent plus lucides que les garçons qu’elles paient ou qu’elles désirent. Comme dans Une femme sans filtre, le vrai sujet n’est pas seulement la comédie, mais ce moment délicieux où les femmes arrêtent enfin de faire semblant que tout va bien.

On pourrait croire que le sujet est la virilité. En réalité, le sujet est plutôt ce qu’elle provoque quand elle est en solde. Les hommes d’Escort Boys ne sont pas des prédateurs de luxe. Ce sont des types en retard sur eux-mêmes. Ils arrivent dans la chambre, dans le fantasme ou dans la vie des autres avec la grâce d’un livreur qui n’aurait pas trouvé l’interphone.

Ils ont la beauté, parfois le corps, parfois le sourire, mais rarement le mode d’emploi. Et c’est ce qui sauve la série de la simple gaudriole. On ne regarde pas seulement des beaux garçons se faire payer par des femmes. On regarde des types essayer de comprendre ce qu’on attend d’eux, ce qui est déjà un chantier plus lourd que la rénovation d’une grange en zone inondable.

La masculinité en retard de dix ans

Il y a chez eux ce même parfum d’hommes qui grandissent avec dix ans de retard, comme dans Irresponsable, mais avec plus de torse et moins de pyjama. Ils avancent à tâtons, confondent parfois désir et performance, écoute et prestation, séduction et service après-vente. Ce ne sont pas des professionnels du fantasme. Ce sont des amateurs qui découvrent que le corps des autres n’est jamais un simple décor.

Il y a bien sûr de la facilité. Le décor camarguais fait carte postale premium : chevaux, lumière dorée, champs, apiculture, grands espaces, tout ce qu’il faut pour vendre du désir avec une odeur de foin et de crise immobilière. Par moments, la série a le charme d’un catalogue de vacances où les hommes seraient inclus dans la demi-pension. Ce n’est pas toujours très subtil, mais cela se regarde sans résistance particulière. Le miel coule, les problèmes aussi.

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Les clientes, vrai moteur de la série

Le vrai plaisir vient des clientes. C’est souvent par elles que la série trouve son relief. Chacune apporte son petit théâtre intérieur : la solitude, le couple qui dort debout, le corps qu’on n’ose plus regarder, le fantasme un peu honteux, la revanche tardive, la tendresse qu’on ne sait plus demander. Les escort boys deviennent alors moins intéressants comme objets de désir que comme révélateurs. Des miroirs avec pectoraux, certes, mais des miroirs quand même.

Pour rester dans la comédie du désir adulte, Et plus si affinités travaillait déjà ce territoire dangereux où le couple, le fantasme et la gêne sociale se retrouvent dans la même pièce. Escort Boys y ajoute une couche de soleil, de ruralité sexy et de bricolage économique. Ici, l’intime devient presque une activité agricole complémentaire.

Une reconversion professionnelle en slip de bain

On peut aussi sourire devant la logique économique de l’affaire. Sauver une exploitation apicole en vendant du service intime, c’est un peu comme rembourser son prêt immobilier en organisant des dégustations de confiture dans un club libertin. Sur le papier, cela paraît bancal. À l’écran, ça passe, parce que la série ne cherche jamais vraiment à nous convaincre que tout cela est crédible. Elle préfère nous faire accepter que, parfois, une dette familiale, une sœur obstinée et trois garçons pas trop moches suffisent à monter une PME du réconfort.

Dans la grande famille des hommes en reconversion catastrophique, les escort boys de Camargue pourraient presque croiser le DJ fiscalement cramé de Banger. Même combat : quand le monde ne veut plus vraiment de vous dans votre emploi initial, il faut bien trouver une niche. Certains deviennent consultants. D’autres infiltrés. D’autres escort boys. La frontière entre la reconversion professionnelle et l’appel au secours est parfois plus fine qu’un slip de bain.

Pour ceux qui veulent rester dans le domaine sans repasser par la case présentation des ruches, il y a aussi notre article consacré à Escort Boys saison 2, où la Camargue reprend du service, où la vipère revient en paillettes, et où les garçons repartent au charbon pour le bonheur d’une clientèle qui ne demande pas seulement un torse mais, parfois, une écoute.

Une comédie solaire, pas toujours fine, mais suffisamment piquante

La série mélange donc le vaudeville, la comédie sociale light et le fantasme d’une masculinité enfin obligée d’écouter. Ce n’est pas Bergman en string. Ce n’est pas non plus un traité sociologique sur la misère affective contemporaine. Mais il y a quelque chose, sous le vernis solaire, qui parle assez bien de notre époque : tout le monde veut être désiré, mais plus personne ne sait vraiment à quel prix.

Au fond, Escort Boys reste une série simple, presque naïve, mais plus maligne qu’elle n’en a l’air. Elle met des hommes beaux dans des situations absurdes pour raconter des femmes qui ne le sont pas. Elle fait semblant de vendre du corps pour parler de manque, de fatigue, de pouvoir, de tendresse. Et quand elle oublie d’être fine, il reste la Camargue, les ruches et cette idée merveilleusement idiote : parfois, pour sauver le miel, il faut envoyer les garçons butiner.

Conclusion : une série facile à lancer, agréable à suivre, pas toujours très profonde, mais suffisamment piquante pour éviter le simple sirop. Une comédie solaire sur des hommes qui se vendent, des femmes qui achètent autre chose que du sexe, et une exploitation apicole qui n’avait probablement pas prévu ça dans son business plan.

Fiche technique

ÉlémentDétail
TitreEscort Boys
CréateursRuben Alves, Marc Syrigas, Yael Lebrati Attuil
RéalisateurRuben Alves
Acteurs principauxGuillaume Labbé, Thibaut Evrard, Corentin Fila, Simon Ehrlacher, Marysole Fertard
Acteurs secondaires et invitésNadia Roz, Carole Bouquet, Josiane Balasko, Margot Bancilhon, Caterina Murino, Clara Morgane, Marisa Berenson, Cristiana Reali, Afida Turner
GenreComédie dramatique
Saisons & épisodes2 saisons – 12 épisodes d’environ 35 à 45 minutes
PaysFrance
Première diffusion2023
DiffusionPrime Video
SujetQuatre garçons en galère deviennent escort boys pour sauver un domaine apicole familial en Camargue
Notre avisÀ regarder pour le miel, les torses, les clientes et cette drôle d’idée que la masculinité pourrait enfin apprendre à écouter

Rédacteurs

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