Uriel, Samuel, Andrew

Uriel Samuel Andrew couverture

Chaque jour 18 vétérans américains d’Irak et d’Afghanistan se suicident ; c’est plus de disparitions que sur le théâtre d’opération durant le conflit. C’est de cela que traite la bande dessinée. Pas exactement du suicide mais de la difficile réinsertion des vétérans. L’Amérique avait connu cela avec les vétérans du Viêt-Nam à qui on reprochait en outre la défaite, si défaite il y a eu. Il semble que les vétérans de ces deux guerres vivent aussi un calvaire, plus intime cette fois. Parmi eux, Uriel, Samuel, Andrew.

Des hommes simples partis en guerre

Hyper hégémonique, l’armée américaine n’a pas de rival. La population locale afghane et irakienne ne les a pas vraiment acceptés et encore moins aimés au fil du temps. De guerre on a glissé à une guérilla sur fond de guerre civile entre chiites et sunnites, de partisans d’une société moderne et d’autres partisans d’une société traditionnelle, rigoriste et pire encore. De quoi déboussoler des soldats loin de chez eux, aux missions de patrouille parfois jonchées d’engins anti-personnels et autres attaques imprévisibles.

Cette bande dessinée décrit la vie de quatre soldats dont Uriel, Samuel, Andrew. Ces trois derniers reviennent, l’un meurt sur place. Ils ne sont ni blessés, ni mutilés, souffrent tous à leur manière de troubles post traumatiques. Ils n’arrivent pas à se trouver ou retrouver une place. Ce n’est pas la société qui les rejette, pas du tout mais ils sont en quête de sens, incapables de vivre sans le stress permanent et l’action propre à la guerre. Comme s’il était nécessaire de passer par des paliers de décompression à l’instar des capsules qui explorent les fonds marins les plus abyssaux.

Uriel Samuel Andrew extrait

La vie ne reprend pas

Même l’arrivée d’un bébé, projet parmi les projets, ne suffit pas à l’un d’entre eux à lui éviter l’abîme. Ce sont des gens ordinaires, des classes moyennes, ils sont extraordinaires, au sens littéral du terme, car ils ont vécu l’horreur d’une guerre. Uriel, Samuel, Andrew leurs initiales forment USA. De simples soldats d’une armée conventionnelle, rien à voir avec les mercenaires de Wagner dont on parlait récemment.

J’ignore si ce sont de vraies histoires, stricto sensu. Le récit retrace des histoires probables, similaires à la réalité d’un grand nombre de soldats de retour. Parfois n’ayant réalisé qu’une seule mission de quelques mois.

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La bande dessinée est sombre, vous vous en doutez un peu. La vie a du mal à reprendre. C’est encore plus triste quand on voit toutes les personnes aimantes qui les entourent. Ce tome en appelle un autre même s’il se suffit à lui-même. Elle date de 2013 et relate des faits de 2008 que s’est-il passé depuis ? Combien de vies et de destins ont été brisés pour ces guerres lointaines et pas toujours comprises. Combien de vies et de familles sont encore chancelantes.

Uriel Samuel Andrew extrait

Flasback, angoisses éléments du cocktail post-traumatique

Aucun d’Uriel, Samuel, Andrew n’exprime son malaise et ses angoisses. Des centres existent pour cela bien entendu. Ils sont souvent évoqués dans le récit. Leurs pensées sont envahies de flashbacks, sans cesse, j’imagine que cela se passe ainsi. Trois pétards d’enfants, un crissement de pneus et ils sont sur le qui-vive. Finalement ce n’est pas la famille qui pleure un disparu qui est le plus touchée.

Le rapport au temps de cette bande dessinée est également intéressant. Parfois, il se passe plusieurs semaines ou plusieurs mois d’une bulle à l’autre. Cela donne un rythme et illustre que les troubles ne s’estompent pas.

Will Argunas de son vrai nom Arnaud Guillois, l’auteur, est français. Les Français en général aiment bien être critiques envers les Etats-Unis. Uriel, Samuel, Andrew ne rompt pas avec cette tradition. Il est vrai aussi que ceci arrive car ce sont les populations les plus pauvres, parfois désœuvrées qui s’engagent dans les conflits et suivent les appels au combat pour des guerres dont la légitimité n’est pas aussi claire dans l’opinion que les précédentes.

Titre originalUriel Samuel Andrew
Auteur (Dessin & Scénario)Will Argunas
EditeurCasterman écritures
ISBN978-2-203-06077-7
EAN9782203060777
Nombre de pages208 pages
Date de parutionAoût 2013

Victor

Victor, donc. J'aime partager mes impressions. Urbain mais assez sauvage au fond.

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